En refermant "The Summoning Bell", on reste sonné. Et, quelque part, on se surprend à espérer que ce glas continue de résonner longtemps après la dernière note.
Il y a des albums qui frappent comme une tempête tel un chaos, où saturation et pure sauvagerie sont légion, et d’autres qui se glissent dans votre esprit comme un poison lent. "The Summoning Bell" fait les deux !
Sept ans après "Accross Deaths", MALTHUSIAN revient avec un disque qui n’a pas seulement été composé, mais sculpté dans la roche noire du désespoir. Dès les premières secondes, le ton est donné : riffs massifs comme des blocs de basalte, batterie taillée pour éventrer le silence, et un chant qui n’explique rien, mais proclame tout... C’est un album de fin de cycle, un glas qui résonne dans les ruines.
La production, soignée, précise, chirurgicale, étouffe l’auditeur tout en laissant filtrer la moindre nuance. Le son est toujours propre ; on distingue chaque coup de médiator, chaque résonance de cymbale, chaque gémissement spectral en arrière-plan. Le groupe a trouvé l’équilibre rare entre la densité écrasante des compositions et la lisibilité de ces dernières, rendant l’expérience encore plus oppressante.
Sur le plan thématique, "The Summoning Bell" est une méditation sur la fin. Fin des croyances, fin des corps, fin des illusions. Les textes ne racontent pas une histoire, ils dressent un paysage ; un monde vidé de sens, où l’ultime vérité résonne comme un carillon funéraire. Pas d’espoir, pas de rédemption, juste la beauté froide du néant. Il symbolise un feu funèbre, un appel à l’extinction ; introspection nihiliste, critique des superstitions, et plongée dans les ténèbres du temps. L’ensemble des morceaux évoque une descente vers le néant, une réconciliation avec la disparition intérieure et extérieure.
Dans une année où le death/black a brillé par ses excès de technique ou ses détours ésotériques, MALTHUSIAN prend la voie la plus directe : un assaut frontal qui ne lâche rien, avec la conscience aiguë de ce qu’il veut signifier. Un disque qui ne se contente pas d’être extrême, mais qui respire et sue extrême.
MALTHUSIAN affine ici un son plus sombre, plus oppressant. La rigueur du riffing, l’énergie implacable du rythme, et la noirceur introspective soulignent une progression marquée vers un blackened death metal extrêmement abouti. "The Summoning Bell" s’affirme comme un poignard sonore, un concentré de brutalité consciente, où chaque nuance est pensée pour plonger l’auditeur dans un abîme sombre et réfléchi.
En refermant "The Summoning Bell", on reste sonné. Et, quelque part, on se surprend à espérer que ce glas continue de résonner longtemps après la dernière note.
Tracklist :
1. Isolation 03:05
2. Red, Waiting 08:27
3. Between Dens and Ruins 05:22
4. The Summoning Bell 06:28
5. The Onset of the Death of Man 01:44
6. Eroded Into Superstition 06:28
7. Amongst the Swarms of Vermin 15:30
8. In Chaos, Exult 06:58