Les idées reçues ont la vie dure. Lorsqu’on évoque le Texas, divers clichés nous viennent en tête. On pensera pèle-mèle au tryptique Stetson-blue jean-bottes western, au désert, aux puits de pétrole, à un certain conservatisme ambiant (cet état reste celui qui applique avec le moins de scrupules la peine de mort aux Etats-Unis). Plus positivement, il ramène à une activité musicale riche, marquée par le métissage entre le blues et la musique mexicaine, ainsi qu’à des artistes comme Stevie Ray Vaughan (responsable d’un énorme revival blues durant les années 80) ou les plus rock et iconiques ZZ TOP.
L’album qui nous intéresse ici va nous sortir un tantinet de ces schémas bien établis. Déjà, parce que le blaze du trio aurait tendance à évoquer quelque chose de –bizarrement, et votre serviteur admet qu’il s’agit d’un ressenti somme toute personnel – plutôt hip-hop. WO FAT, c’est assez proche de WU TANG CLAN, ce genre de choses, non ?
Aussi, le discours musical élaboré par cette formation – qui aligne tout de même déjà 20 ans au compteur – titille plutôt le bûcheron enfumé que le cowboy aux jambes arquées par les heures passées en selle (toujours les clichés).
Première caractéristique : aucun morceau ne descend en dessous des 7 minutes. Autant vous prévenir de suite, le menu est TRES copieux !
Seconde caractéristique : la structure couplet-refrain-pont- solo est mise de côté, au profit d’une approche bien plus progressive, en exposant des séries de thèmes à base de riffs (très peu de mélodies, on est dans la pure pulsation hypnotique)
Troisième caractéristique : le son lourd, poisseux des guitares, gavé d’une fuzz bien chimique, qui avec l’usage quasi exclusif de riffs, assoit définitivement le discours dans une atmosphère purement Stoner.
Par rapport à ce dernier point, on notera toutefois quelques heureuses pauses moins saturées avec quelques motifs plutôt funky, limite Blackxpoitation (« Overworlder », quel pied !) et des passages space-rock à l’Univibe. On pense pèle-mèle à MONKEY 3, à MASTODON, à Jimi HENDRIX, à BLACK SABBATH, au jazz-rock des années 70…Bref, c’est riche, varié, et on ne s’ennuie jamais à écouter le trio marier intelligemment ces influences.
Le tout porte des paroles évoquant la problématique du point de non-retour (le fameux « point singulier » qui donne son nom à l’album) telle que nous la vivons aujourd’hui avec le changement climatique, mais pas que…Là aussi, on est surpris par une volonté de réflexion à laquelle on ne s’attend pas A PRIORI d’une formation issue du Lone Star State.
Au final, l’auditeur est confronté à un album adulte, incitant à la réflexion, mais qui n’oublie pas de provoquer des sensations, à commencer par un groove qui viendra titiller inévitablement votre nuque, en la faisant bouger de haut en bas, d’avant en arrière…On se prend de bonnes grosses bûchasses en pleine face et c’est trop bon !