Dans le genre pas pressés, les californiens de Dusted Angel se posent en challengers sérieux de leurs collègues de Lowrider. Car en effet, si l’on met de côté les EP et autres simples sortis au fil de l’eau, près de quinze ans séparent « Earth-sick mind » (2010) du récent « The Side of the Dirt ».
Il faut dire que le parcours du combo n’a pas été un long fleuve tranquille. Fondé à la toute fin des années 2000, le quatuor a connu les départs successifs de Bill Torgerson, batteur originel et fondateur du groupe aujourd’hui décédé, ainsi que de Scott Sevens, autre géniteur du projet, et lui aussi frappé par des problèmes de santé. Ajoutons à cela les deux cancers affrontés par le chanteur Cliff Dinsmore, et la crise du COVID, et l’on comprendra aisément les raison d’un tel hiatus.
C’est sans compter l’aphorisme nietzchien « ce qui ne tue pas rend plus fort », qui vient ici remettre sur pied nos rageux US, via leur signature chez les Stonerheads/ Doomsters du label Heavy Psych Sounds.
A la première écoute de « The side of the Dirt », l’on est frappé par la proximité des anges poussiéreux avec leurs collègues skateurs de Fu Manchu : le riffing alterne entre hargne bluesy et pesanteur doom (le titre éponyme), nappé d’une fuzz rêche soulignée par le chant quasi-exclusivement déclamé par la voix râpeuse d’un Cliff Dinsmore plutôt hardcore.
Le versant doom de leur tambouille reste marqué par le sceau du Sabbath Noir, mais l’on décèle également quelques influences plus psyché façon Voodoo Child (le motif principal de « Kiss o Shame » rappelant « Foxy Lady »). Il y aussi curieusement quelques réminiscences NWOBTH mâtinées de glam, comme dans le ternaire « Little Lizzy ». Enfin, l’on aborde parfois des ambiances plus planantes (« Death Crushes Hope »), qui viennent heureusement casser une certaine monotonie de composition.
Il y a parfois quelques longueurs sur certaines plages (les deux tiers des morceaux tutoient les six minutes). Le matériau proposé par les californiens porte également la marque d’un hardcore plutôt oldschool, dont l’urgence et la concision se marient difficilement avec la tendance du Stoner à installer une transe chez l’auditeur.
Par conséquent un tantinet foutraque, parfois aride, « The side of the dirt » n’en reste pas moins un album honnête et énergique, porté par la rage d’un combo souhaitant se relever malgré les coups du sort. Comme déjà dit, les fans du Desert Rock originel façon Fu Manchu se régaleront. Les autres devront sans doute accentuer leur effort pour s’approprier l’album.