En réadaptant en anglais son plus récent opus, Manigance prend un GROS risque. La démarche est aussi courageuse que bien faite. Souhaitons que ce « The Shadows Ball » permettent à nos français d’atteindre tous les buts qu’ils se sont fixés.
Il y a tout pile un an, Manigance sortait son septième opus studio « Le Bal des Ombres ». A bien des égards, il s’agissait là d’un moment charnière pour le groupe. D’abord, deux membres historiques (le chanteur Didier Delsaux, le guitariste Bruno Ramos parti rejoindre Sortilège) avaient quitté le navire. Ensuite, le chant masculin de Didier avait été remplacé par les vocalises de Carine Pinto (déjà apparue en tant qu’invitée sur une chanson du précédent « Machine Nation »). Que de bouleversements n’est-ce pas ?
Quoi qu’il en soit, présentement, pour ce (presque) nouvel effort, le combo a choisi d’encore franchir une étape majeure en passant au chant « in english ». Élargir l’audience, rendre leur musique plus « accessible » pour le public étranger, et proposer une autre approche pour les francophones, tels sont les objectifs ciblés.
Le quintette originaire du sud-ouest a donc réenregistré son dernier disque en date avec, ce coup-ci, des vocaux dans la langue de Shakespeare. Quand on connait les peu de succès commerciaux remportés par les différentes formations françaises (Trust, Warning, Sortilège, Adx, …) qui se sont essayées à cet exercice « casse gueule », on peut parler ici d’un vrai pari audacieux pour Manigance.
« Le Bal des Ombres » devient donc « The Shadows Ball », leur premier skeud entier en anglais (l’équipe s’est déjà à cette langue en 2018, en remaniant le morceau 'Loin d'Ici' en 'Your Energy'). Musicalement, pas de changements par rapport à la version française. C’est « tout pareil » (comprendre du Power Heavy metal énergique agrémenté de touches orchestrales).
Pour ce qui est du chant (en anglais donc), plusieurs titres fonctionnement plutôt bien ('Cold Blood' et son refrain hymnique, le rageur 'In Spite Of Everything'). Le groupe a voulu aller plus loin que de « simples traductions », et c’est plutôt bien vu. Si par moments, on est un peu décontenancé (on a les paroles « références » en français en tête), on se laisse toute de même embarquer ('Eternity', 'Death Warrant'). Reprenant les lignes mélodiques existantes, Carine est globalement convaincante et s’en sort plutôt bien avec ce nouvel idiome (les efficaces 'All Your Excesses' et 'Dawn Of The New Fight').
Au rayon des différences/nouveautés, notons que le duo qui avait été fait avec Julien Izard (Existance) a été revu avec uniquement la vocaliste derrière le micro ('Haute Trahison' ici réadapté 'High Treason' avec en invité Florian Lagoutte de Wrath of the Nebula à la six-cordes). Pour autant, la chanteuse reforme un nouveau tandem avec Zaher Zorgati des Tunisiens de Myrath (avec qui les Béarnais ont tournés à travers l'Europe en 2018). Leurs deux voix chaudes s’accordent vraiment bien ('End Of Lock Up', anciennement 'Huit Clos', avec toujours l'intro vocodée).
En plus du chant refait, la jaquette de Stan W. Decker a elle aussi été (subtilement) retouchée. A vous le « Jeu des 7 erreurs » (ou plus) entre les deux pochettes : diablotins ou cranes en plus/moins, personnages inversés, crosse(s) du bâton du prêtre, lustres, décors intérieurs, etc.
En réadaptant en anglais son plus récent opus, Manigance prend un GROS risque. La démarche est aussi courageuse que bien faite. Souhaitons que ce « The Shadows Ball » permette à nos français d’atteindre tous les buts qu’ils se sont fixés. NOUS, ON Y CROIT.