Finissons cette année 2018 avec un peu de synthwave, pour le côté rétro coloré qui va bien. Et aujourd'hui, c'est l'album éponyme des français de The Sacrifice qui passe sous la loupe de United Rock Nations !
Né des cendres de Panzer Flower, notamment connu pour le célèbre 'We Are Beautiful' sorti en 2014, ce groupe nous vient d'Occitanie et est composé de Rel (chant, synthé et guitare), de Reverend Prick (synthé et programming) et de Six (percussions et guitare).
Il est bien connu qu'en France, nous avons un certain talent (et un talent certain) en ce qui concerne la musique électronique, la fameuse French Touch, dont le duo masqué des Daft Punk en est un des fers de lance. Le genre dérivé qui nous intéresse ici est la Synthwave, qui émerge dans les années 2010 de cette génération nostalgique de Super Nintendo, de Blade Runner, de Retour Vers le Futur et autres Terminator, bref, des années 80, décennie ô combien cruciale au niveau musical, que ce soit en Heavy Metal mais également en musique électronique.
En France, l'un des plus grand représentant du style est Kavinsky (et son célèbre titre au générique du film Drive de Nicolas Winding Refn, 2011) ainsi que deux groupes qui ont décidé de s'orienter vers un genre plus obscur, mélangeant synthwave et metal (Darksynth) : Perturbator et Carpenter Brut, que l'on a pu retrouver à l'affiche de festivals orientés metal (Hellfest et Motocultor, pour ne citer qu'eux).
C'est en pleine époque ou ce revival des eighties est partout (citons les géniales séries Stranger Things et Altered Carbon pour exemple) que The Sacrifice décide de sortir son premier opus chez le non moins renommé label français Season Of Mist. Alors que valent ces onzes titres ? The Sacrifice mérite t-il sa place au panthéon synthwave/metal ? Voyons cela.
Carpenter Brut va être connu pour ses univers coloré, pop néon, rappelant Hotline Miami, alors que Perturbator va se placer dans un univers plus proche du sublime Akira de Katsuhiro Otomo, pessimiste et destructeur. The Sacrifice lui, prend la place du groupe occulte, avec l'ajout de guitares, des sons plutôt dissonants ('Redemption') et des ambiances sombres (le refrain de 'Order Of Disorder' est assez explicite, mais également 'Violent Devolution'). Pas très étonnant donc que The Sacrifice cite parmi ses références Venom et Mayhem, deux groupes qui usent et abusent d'artifices rappellant les forces du mal. D'ailleurs, cette filiation aux norvégiens est interessante car les clins d'oeil sont assez nombreux : la guitare rapide et dissonante de 'Redemption', le micro passage de screams sur 'Order Of Disorder', la batterie d'intro de 'Digging Deep' ou encore le faux blast beat de 'Marble Hallways', pour ne citer qu'eux.
Ajoutons à cela une influence totalement assumée à la New Wave de Depeche Mode, avec un petit côté bas-fonds de ville américaine futuriste aux néons qui clignotent et craquent. Tout d'abord, la voix se rapproche beaucoup de celle de Dave Gahan sur tous les titres présentés, dont 'Under The Moon' est un bon exemple. Le plus minimaliste 'Violent Devolution' fait également penser à l'époque fin des années 80 du combo anglais, avec ce côté plus pessimiste et rêveur. Citons également 'Ghosts' et son refrain renforcé de guitares saturées et chanté en coeur.
Mais 'The Sacrifice' ne serait pas un album de synthwave sans ce fameux côté retro, qui est bien évidemment très présent tout au long des 11 titres. 'Violent Devolution' laisse entendre dans son intro une batterie en écho typique ainsi que quelques sons rappelant Devo, groupe emblématique des années 80 de Mark Mothersbaughs, alors que 'Moving To The City' pourrait faire office de musique de série adolescente de cette décennie. Enfin 'Marble Hallways' et son côté Vangelis équilibre le tout avec une ambiance rétro-futuriste ambiant.
Petite mention spéciale à 'Aurora', seul titre purement instrumental qui m'a beaucoup fait pensé à l'époque 'Discovery' de Daft Punk. C'est un hommage, une modernisation de la French Touch made in 2018 avec ce double côté rétro synthwave et électro française des années 2000. J'avoue, ce morceau m'a rendu nostalgique (avec frissons !) et se termine de belle manière sur un accompagnement à la guitare, renforçant le côté mélancolique. L'effet est assez similaire sur le lumineux 'Errdemption', qui vient clore cet album.
Un dernier petit mot sur la pochette très colorée reprenant les codes stylistiques des couvertures de pulps des années 80, qui énumère tous les éléments de l'album, à savoir le côté occulte et le côté rétro avec une pointe de science-fiction. Très réussie.
''The Sacrifice'' donne à entendre une large palette d'ambiances, qui vont de la Darkwave occulte et sombre à une Synthwave plus rétro-futuriste et colorée. Les hommages sont également nombreux, que ce soit à la culture populaire comme à la musique. C'est un album dans lequel on ne s'ennuie pas, comme un voyage traversant plusieurs univers différents mais cohérents. C'est donc une réussite et The Sacrifice est un groupe à suivre, pour peu que l'on soit sensible à ce style musical ou les nouvelles formations sont légions.