« The Return », un album de Folk correct qui donne néanmoins l'impression que l'histoire de l'empire mongol n'est qu'un prétexte pour permettre au groupe de se démarquer, en vain
Mongol est un groupe canadien de Folk Metal s'inspirant soi-disant de l'histoire et la culture de l'empire mongol. Après un premier EP, « Warrior Spirit », paru le 29 avril 2017, le groupe nous propose un premier album : « The Return ». Mettons les choses au clair : de la même façon que la très grande majorité des groupes de Viking Metal n'ont absolument rien à voir avec la musique traditionnelle scandinave, Mongol n'est pas un groupe de musique traditionnelle asiatique (pour ceux qui s'intéressent à tout ça, allez plutôt écouter Tengger Cavalry, Nine Treasures ou Ego Fall) mais bien un groupe de Folk Metal occidental s'inspirant d'une version fantasmée, si vous me passez l'expression, de la musique mongole, ce qui peut poser problème si la ligne directrice du groupe est trop mise de côté au profit d'un Folk banal, enfin laissons-leur une chance !
‘Prophecy Of The Blind' est une mise en bouche d'abord instrumentale délicate et presque mélancolique sur laquelle viennent s'ajouter des voix fantomatiques dans le lointain puis un discours. Comme beaucoup de groupes de Folk, Mongol introduit son univers, pose un décor et un conteur présente à son public l'histoire dans laquelle il va les emporter. Le titre éponyme démarre directement ensuite, mêlant une rythmique on ne peut plus classique aux sons d'instruments traditionnels. Galopant et joyeux, il ne fait aucun doute que le morceau est fait pour headbanguer et motivera sans peine une fosse lors d'un concert ! La première impression qui ressort alors est que le groupe est une sorte d'hybride né des amours de Tengger Cavalry et Finntroll ; surprenant mais pas désagréable. ‘Sacrificial Rites' porte bien son nom puisque Mongol ralentit le rythme et propose une atmosphère plus solennelle, marquée par une rythmique lancinante mais également des touches de clavier presque plus Gothic que Folk… Un sentiment similaire se retrouve sur ‘Takhil' qui aurait presque des airs de musique de film de Tim Burton par moments, mais les screams de Tev Tegri sont toujours au rendez-vous (bien qu'on se demande clairement où est passé l'histoire supposée sous-tendre cet album). Le problème est malheureusement le même avec ‘Amongst The Dead' puisque le groupe nous propose effectivement un morceau de Folk tout à fait correct, mais qui, musicalement, n'évoque en rien l'empire mongol.
Si ‘To The Wind' n'inverse pas la tendance, la seule chose à dire sera que Mongol est un bon groupe de Folk mais affreusement mal nommé tant cet univers dont ils se revendiquent est absent de leur musique… Mais le constat reste le même. Les influences mélodiques asiatiques qu'on pouvait sentir sur les tout premiers titres de « The Return » ont totalement disparu et le groupe s'enfonce de plus en plus dans quelque chose de plutôt bon mais désespérément vu et revu, en particulier sur la scène Folk scandinave. On découvre malgré tout la voix claire de Zev, plutôt agréable et un poil Power sur certains passages. Avec ‘Dschinghis Khan', le groupe nous perd totalement en se tournant vers des influences dans la lignée directe de Turisas et son ‘Rasputin' ce qui, vous vous en doutez, a de quoi laisser perplexe… On ne s'attarde pas plus et on passe à ‘The Mountain Weeps' qui ne fait qu'attester du fait que le groupe s'enferme dans ses travers, malgré quelques rares touches d'instruments traditionnels au milieu du morceau, et a totalement occulté ce qui est censé faire son originalité, d'autant plus qu'en matière de Folk, le groupe fait bien mais des centaines d'autres font mieux. Pour ne pas répéter les mêmes critiques en boucle, ne nous attardons pas sur ‘River Child' et espérons que la dernière chanson redresse la barre. Mais puisque cela ne semble pas être le cas, laissons ‘Warband' et concluons…
« The Return » est un album de Folk relativement bon et qui n'a pas de défaut majeur puisqu'il propose des morceaux dansants, mélodiquement réussis et reprenant les grands standards du genre. Ce qui pose problème, c'est plutôt que ce que le groupe présente comme son univers, à savoir l'empire mongol, semble n'être qu'un prétexte pour essayer de se démarquer parmi les centaines de groupes de Folk qui existent. En effet, en dehors de quelques très discrètes influences musicales asiatiques permises par l'usage très ponctuel d'instruments traditionnels, on ne retrouve rien d'orientalisant alors que la richesse de cette culture n'est plus à démontrer…