Formée sous le nom de Takedown en 2020, To Khaos Dawn est une formation rennaise qui pratique un metal extrême aux influences multiples. Après un premier EP autoproduit paru en 2021, suivi de nombreuses prestations live, le quintette nous revient cet automne avec ''The Plague Of Men'', un premier long format plutôt consistant.
Et ce n’est pas l’introductif 'To Our Departed', long pavé de huit minutes, qui nous contredira. D’une richesse musicale surprenante, cette première pièce emprunte à divers styles qu’elle mêle de manière fluide et harmonieuse. Aux bruitages inquiétants des premières secondes succède une furie death vite minorée par un passage heavy mélodique. Quelques blasts suivis d’un arpège de guitare sèche s’invitent en fin de morceau, qu’un solo aérien rappelant Enslaved vient clôturer.
Les pistes suivantes, d’obédience melodeath, révèlent elles aussi quelques surprises, tels ces effets donnant un écho particulier aux six-cordes ('Shadows And Dust') ou ce break final à la Crowbar qui apporte un contrepoint inattendu au véloce 'Tears Of A Sparrow'.
L’ombre de Mastodon plane sur le plus léger '…And Children First', qui vient aérer son death metal par des breaks puisant dans le doom et le metal atmosphérique. Les guitaristes YC et BLT y démontrent une qualité d’interprétation qu’on retrouvera tout au long de l’opus. Ainsi en va-t-il des soli ('Tears Of Sparrow', 'The Worms Inside'), des passages en son clair ('The Worms Inside') ou de l’improbable cohabitation entre riff néo-metal et passage flamenco sur 'Promise Of Decay'.
Le bassiste DT n’est pas en reste, ses lignes se faisant tantôt discrètes ('LuciFeR'), tantôt bouillonnantes ('The Worms Inside'), et participent de la qualité des compositions. Quant aux parties de batterie signées JC, elles apportent une assise des plus solides, où la grosse caisse s’en donne à cœur joie.
Elément central de cette galette, le chant de YLM ne peut que susciter l’admiration tant ce dernier fait preuve de versatilité. Aussi à l’aise dans le growl le plus caverneux que dans les coassements black ou le chant clair, il offre une palette vocale des plus étendue et toujours habitée. Frôlant l’hystérie sur 'The Worms Inside', il use du latin et de la langue de Molière en mode incantatoire sur le conclusif 'LuciFeR', rappelant par là-même un certain Attila Csihar.
Bénéficiant d’une production claire et puissante signée Xort, cette première offrande réjouit par son audace et sa qualité d’interprétation. Signe que la scène française n’a pas fini de nous surprendre et nous enthousiasmer.