« On croit faire un voyage, et finalement c’est le voyage qui nous fait ». Cette citation tirée de « l’Usage du Monde » de l’écrivain suisse Nicolas Bouvier, résume à elle seule « The Moth », le dernier album de Devin Townsend.
Car il s’agit bien d’un voyage musical auquel nous convie le génial canadien. Foin du classique chapelet d’une dizaine de chansons à base de couplet-refrain-pont- solo-refrain. Dans le cas présent, nous avons affaire à vingt-quatre pièces orchestrales – au sens littéralement classique du terme – qui s’égrènent sur deux CD, entrainant l’auditeur dans un voyage de plus d’une heure.
L’intervention – intégration, devrait-on dire ici – dans le matériau musical, de l’Orchestre et du Chœur du Nord des Pays-Bas, en fait la bande sonore d’un film dont on n’aurait pas les image. Mais qu’importe…la musique du canadien porte en elle une force évocatrice qui révèle les images et les émotions. Dès la première écoute, l’on est emporté sans pouvoir résister, dans un maelström de sensations qui intriguent, questionnent, réjouissent, effraient, apaisent…bref, quelque chose de bien plus grand qu’un simple album. Du genre à se demander si notre ami n’aurait pas ici livré son œuvre ultime.
Car c’est la genèse même de « The Moth » qui est au cœur du propos de l’album – notez la mise en abyme. Comme expliqué dans les notes de presse de l’album, c’est la rencontre avec le directeur de l’orchestre précédemment cité qui déclenche chez Devin Townsend un processus qui couvait depuis bien une dizaine d’année. La collaboration avec un collectif classique engendre alors chez lui le besoin de compléter ses connaissances en se formant plus profondément à l’harmonie, au contrepoint, à l’orchestration. Dans le même temps, le processus créatif et les difficultés techniques qui vont avec, l’amènent à des questionnements sur sa propre personne, nourrissant ainsi l’écriture de l’œuvre. Townsend entame ainsi un voyage dont l’issue le trouve transformé.
Et c’est bien là tout le propos de « The Moth » : tel le papillon de nuit dont la vie est faite de transformations subies mais nécessaires, l’album nous fait passer par divers moments dont on ressort changé.
Lorsque John Ronald Reuel Tolkien entama par simple goût la conception de langues imaginaire et l’écriture de poèmes fantastiques, il était loin de se douter que son travail l’emmènerait vers l’écriture de l’œuvre de sa vie, «Le Seigneur des Anneaux » - dont le propos est, là aussi, celui d’un voyage qui transforme les héros, et le monde qui les entoure – dont la lecture transforma également de nombreux lecteurs. Notez la mise en ab…non, rien…
De fait, le génial canadien pourrait bien avoir réussi son coup. Car comme il le souhaitait à l’origine en démarrant son projet, « The Moth » semble bien être l’œuvre de sa vie.