Menu principal
Accueil(current) News Live Reports Interviews The Wall Chroniques Groupes Concerts

The Long Road Back

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

PAUL LAINE

Trente ans après son dernier disque solo, Paul Laine signe un album de rock mélodique sans surprise mais d'une belle tenue, porté par une voix intacte et quelques ballades qui touchent juste.
11 titres
Durée : 46 minutes
Sorti le 25/09/2026
18 vues
Paul Laine n'a jamais manqué de micros, seulement de disques à son nom. Depuis ''Can't Get Enuff'' en 1996, le Canadien a prêté sa voix à Danger Danger, Darkhorse, Shugaazer, Jetset Junkies et The Defiants, dont ''Drive'' date de 2023, avant de devenir en 2024 le chanteur de Trooper, une institution du rock de son pays.

Trente ans plus tard, il présente pourtant ''The Long Road Back'' comme la suite tant attendue de ''Stick It In Your Ear'', le premier album enregistré pour Elektra en 1990 sous la direction de Bruce Fairbairn. Pour boucler la boucle, il s'est entouré de fidèles. Bruno Ravel, son complice de Danger Danger et des Defiants, tient la basse et coproduit, Scotty Taylor s'installe à la batterie et Andrew Oye assure la guitare solo.

Le nom de Fairbairn, l'homme de ''Slippery When Wet'', éclaire tout le disque : ces onze chansons vivent dans l'Amérique des radios FM de la fin des années 80, quand Bon Jovi régnait sur les ondes. 'Love Me Or Leave Me' entre dans le vif sans préambule, avec des guitares claires et un refrain qui s'incruste dès la deuxième écoute. 'Don't Let Me Go Tonite' resserre le tempo sur une rythmique qui pousse vers l'avant. Sa fougue de jeunesse tranche avec le propos, que Laine résume comme "un regard en arrière sur l'amour, la perte, les souvenirs".

'Come Back To Me' prolonge l'élan avec un joli travail de guitare, et 'Save Me Saturday Night', dont le titre coche toutes les cases du genre AOR, assume une légèreté de fin de semaine sans verser dans la reconstitution muséale. Sur ce terrain, l'efficacité est imparable. C'est aussi là que le disque prend le moins de risques, tant chaque refrain tombe exactement à l'endroit prévu.

Pour rayer un peu le vernis, deux titres montrent les dents. 'Her Name Is Trouble' est le plus rugueux du lot : une introduction parlée cède la place à des guitares plus épaisses et à un couplet à l'attitude canaille, avant un refrain fédérateur et un solo d'Andrew Oye parmi les plus expressifs de l'album. 'Bad Habit' mise sur la frontalité : batterie et guitares relancent la machine au moment où la seconde moitié menace de s'assoupir. On en aurait volontiers pris un ou deux de plus de cette trempe, car l'album gagne en relief chaque fois qu'il hausse le ton.

La pente naturelle du disque reste pourtant la confidence. Coécrit avec Oye, 'Someday' installe très tôt une ballade pudique, soignée côté guitare, où perce une fragilité qu'on n'attendait pas forcément de l'ancien frontman de Danger Danger. Plus lent et plus ample, 'Heaven And Earth Collide' demande quelques passages avant de livrer sa charge.

'Kiss Me California' partagera les auditeurs. Claviers moelleux, cordes, couleur presque country, carte postale de la côte Ouest dans la lignée d'un Richard Marx : c'est une gourmandise un rien sucrée, qui frôle le sirop sans y tomber. 'The Ones That Got Away', méditation sur les occasions manquées, compte parmi les sommets. Le morceau aurait trouvé sa place sur une compilation FM de 1989, mais la voix mûrie de Laine lui donne un poids qu'il n'aurait pas eu à l'époque. En clôture, 'Now That You Don't Love Me Anymore' s'appuie sur des cordes et des claviers pour chanter la rupture sans forcer le trait. Aligner autant de tempos modérés dans la seconde moitié finit toutefois par émousser la tension.

Le vrai trésor de l'ensemble, c'est le chant. À 58 ans, Laine garde la puissance et la netteté de ses débuts, et la patine des années lui apporte une chaleur que l'éclat juvénile d'autrefois n'avait pas. La production partagée avec Ravel est ample, chaleureuse et limpide. Claviers et sons de guitare citent ouvertement les années 80 et 90 sans virer au pastiche, et la section rythmique se contente de servir les chansons, ce qui est précisément ce qu'on lui demande. Le principal reproche vise une écriture qui ne quitte jamais les sentiers balisés et un imaginaire (samedi soir, Californie, fille qui attire les ennuis) puisé dans le fonds de commerce le plus usé du rock mélodique.

En 1996, ''Can't Get Enuff'' s'achevait presque sur 'Maybe You Don't Love Me Anymore'. Trente ans plus tard, l'incertitude s'est effacée du titre de la ballade d'adieu, et c'est un peu toute l'histoire de ce disque : un chanteur qui n'a plus rien à prouver livre avec une sérénité rare un album de rock mélodique d'une grande solidité. ''The Long Road Back'' ne surprendra personne et n'en a pas l'ambition.