On est scotché d’emblée par la puissance du bidule, on se laisse transporter à l’autre bout de la galaxie, et une fois la ballade terminée, on en redemande et on repart illico pour un autre tour.
C’est joli, le Somerset. Avec sa verte campagne, ses petites routes à travers bois, ses petites maisons rustiques et coquette, pour un peu on se croirait dans la Comté, et on s’attendrait presque à croiser Frodo Baggins et ses potes au sortir d’un pub, avec la pinte de Brown Ale en terre cuite qui va bien et les bonnes joues roses.
Forcément, avec un tableau pareil, on ne s’attend pas à voir venir quelque chose de très Rock’n’roll. Y’a bien Bristol qui s’est distinguée un tantinet à la grande époque du Trip Hop (Tricky, Portishead et Massive Attack sont partis de là). Et puis chaque année depuis 1971, le père Maggot ouvre ses pâtures pour le grand raout pop-rock à l’anglaise de Glastonbury.
Bref, à part ça, niveau musique, c’est plutôt calme.
Aussi, c’est avec étonnement qu’on voit débarquer de là en 2016, quatre zigotos fans de Kyuss et consort, de la petite ville de Yeovil (où, pour l’anecdote, a grandi PJ Harvey…mais bon…). Après la livraison d’un premier album « Desert Queen » et de deux EP, ils signent aujourd’hui leur deuxième opus.
Et pour tout dire, les amateurs de fuzz, de riffs marmoréens et de grandes envolées cosmiques vont trouver ici de quoi se régaler !
Car ici, rien ne vient rappeler les vertes prairies dont sont originaires les rosbifs. Ne comptez même pas sur du poussiéreux, du désertique écrasé de chaleur. Car si la matière est ici lourde et puissante au possible, c’est plutôt de celle des étoiles dont on va causer ici.
Il n’est que d’écouter le morceau de bravoure « Gammon Lord » pour s’en convaincre. En un peu plus de six minutes, vous vous prenez direct au cul les bourrins des moteurs d’une fusée Mercury, direction les étoiles. Car c’est une des qualités de nos angliches : ils ont l’art de vous envoyer du riff speed comme c’est pas permis, et vous vous retrouvez fissa au beau milieu d’une nébuleuse, à admirer les forces telluriques du cosmos en pleine action. Les motifs se font alors plus lents, mais toujours aussi puissants (« Skyriders », « Black Hand »). La fuzz est grumeleuse, gorgée de matière en fusion. Le Stoner se mâtine de Space rock, et lorsque la fuzz laisse sa place aux sons « clairs », c’est l’usage des effets de modulation (cabine Leslie/ Uni-vibe) qui prend le relais pour vous donner le vertige. La musique se fait alors incantatoire et apaisante.
Elle se fait un tantinet punky dans l’approche rythmique (« She Calls »), et se laisse également séduire par des tournures disons… « médiévalisantes » (certains passages de « Legacy »)
Les sons sont définitivement vintage (vous me direz, c’est le style qui veut ça, aussi…), y compris dans la -rare- utilisation de claviers (les synthés analogiques 70’s de l’introductif « Vagrant »). Concernant la production, que dire, à part : c’est ENORME !!!
« The Last Voyage » fait définitivement partie de ces albums sur lesquels il est vain de gloser. On le met sur la platine, on est scotché d’emblée par la puissance du bidule, on se laisse transporter à l’autre bout de la galaxie, et une fois la ballade terminée, on en redemande et on repart illico pour un autre tour. C’est aussi simple que cela.
…
Voilà, t’as deviné : encore une fois on a ici un album indispensable.