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The Hundredth Night

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

Monnekyn

Avec ''Ape Home'', Monnekÿn ouvre un chapitre plus intime, plus écorché, où la fusion néo metal/trap sert un propos psychologique dense
4 titres
Fusion
Durée : 13
Sorti le 03/07/2026
29 vues
AUTOPRODUCTION
Il y a des histoires de groupes qui se racontent comme des histoires d'amitié avant de devenir des histoires de musique, et celle de Monnekÿn appartient clairement à cette catégorie-là. Le noyau s'est formé autour d'une bande de potes biberonnés au skate et à une discothèque qui n'avait que faire des frontières de genre : Korn et Deftones d'un côté, Dr. Dre et le Wu-Tang Clan de l'autre. Le projet a connu une première mort avant de renaître, dix ans plus tard, porté cette fois par sept musiciens bien décidés à aller au bout de la démarche. Cette résurrection a pris une forme concrète en 2025 avec ''Ape Home'', premier album de dix titres qui a permis au septuor francilien de poser les bases de son identité et de commencer à arpenter les scènes de l'Hexagone — Mennecy Metal Fest, We Fest, L'Empreinte, Le Plan, avec le Kave Fest déjà coché sur l'agenda à venir. Au fil de ces concerts, un public s'est construit, rassemblé sous une bannière à la fois facétieuse et tribale : le ''Peuple Simien'', ou la ''Simian Nation'' pour les intimes.

Un an plus tard, retour en studio, direction la Seine-et-Marne et le D.N.I Studio, sous la double tutelle de Cédric Guesdon (que l'on connaît pour son travail avec Sipping, Wild Mighty Freaks ou Pénitence Onirique) et de Joey Livreau pour RL Record. Le mixage et le mastering ont été confiés à Niko HK du Vamacara Studio, à l'exception du morceau 'Joker', repris en main par Cédric Guesdon lui-même — un détail de production qui trahit une volonté de ne rien laisser au hasard, titre par titre. Pas de changement de line-up annoncé, donc, mais une évolution clairement assumée : le groupe parle lui-même d'un projet "plus sombre, plus structuré", signe d'une formation qui ne cherche pas à refaire ''Ape Home'' mais à le prolonger ailleurs.

Quand on entre dans ''The Hundredth Night'', la première chose qui frappe, c'est cette tension permanente entre deux pôles vocaux. Les deux chanteurs de Monnekÿn ne se contentent pas de se répartir les couplets : ils incarnent deux états d'âme qui se répondent, l'un plus rageur, l'autre plus meurtri, dans une dynamique qui doit autant à Deftones qu'à Staind, avec ce grain Nirvana qui ressurgit par moments dans la manière de poser une mélodie sur une plaie ouverte. Et puis il y a tout ce tissu de samples et de scratchs, revendiqués comme une signature plutôt que comme un gadget, qui vient rappeler que la culture skate et la culture hip-hop ne sont jamais bien loin chez ces sept musiciens — un peu comme si Limp Bizkit version 2026 avait décidé de prendre le sujet du deuil et de l'addiction beaucoup plus au sérieux que ses pairs des années 2000.

'Speak With My Ghost', premier extrait dévoilé en mai, donne le ton de cette gravité nouvelle. Le titre travaille autour du manque, du deuil, de ces pensées qui reviennent sans qu'on les ait invitées et qui refusent obstinément de s'effacer — une manière d'ouvrir l'EP en creusant directement la plaie plutôt qu'en y allant par quatre chemins. Musicalement l'esprit de Marilyn Manson n'est pas loin et ce titre est tout particulièrement jouissif, avec ce refrain hurlé, efficace à souhait.

Le morceau qui suit, 'Blurred Noise', clairement inspiré par Limp Bizkit, pousse cette introspection encore plus loin en s'aventurant du côté de la dépression, de la solitude et de la paranoïa : le texte y dépeint une véritable traversée du désert intérieure, où la substance devient un refuge de façade, un placebo qui soulage un instant avant de refermer un peu plus le piège sur celui qui s'y accroche. C'est un titre qui ne juge pas, qui décrit plutôt le mécanisme du cercle vicieux de l'intérieur, ce qui le rend d'autant plus efficace.

Les deux derniers titres, 'Addicted' (un mélange de P.O.D. et Deftones) et 'Joker' (et son esprit Korn), viennent compléter ce tableau de luttes intérieures que le groupe annonce comme le fil conducteur de l'EP — solitude, addiction, mensonge, et en filigrane tout le mécanisme psychologique du déni, de la colère et de l'acceptation qui s'enchaînent sans jamais vraiment se résoudre.

Au final, ''The Hundredth Night'' se présente moins comme un simple EP de transition que comme une déclaration d'intention. Monnekÿn referme la parenthèse festive et fédératrice d'''Ape Home'' pour ouvrir un chapitre plus intime, plus écorché, où la fusion néo metal/trap sert un propos psychologique dense plutôt qu'un simple déferlement d'énergie. Quatre titres suffisent à poser une direction claire : celle d'un groupe qui a compris que la meilleure manière de fédérer un peuple, c'est encore de lui parler avec une sincérité qui ne fait pas de concession.