Masters Of Reality a choisi pour ce « The Archer » de délaisser quelque peu le Stoner Rock pour un résultat plus sombre et plus ancré dans le blues. Une décision plutôt payante s’il en est.
Tout fan de Stoner/Desert rock connaît Chris Goss. Ce Monsieur a produit les trois skeuds « références » de Kyuss (« Blues For the Red Sun », « Welcome to Sky Valley », « ...And the Circus Leaves Town »), divers autres combos de John Garcia (Unida et Slo Burn) ainsi que deux méfaits de Queens of the Stone Age (« Rated R » et « Era Vulgaris »). Eclectique, l’américain a aussi œuvré – entre autres - avec les rockers belges de Soulwax, le collectif anglais de trip hop/hip-hop expérimental UNKLE, Ian Astbury (vocaliste de The Cult pour son unique effort en solo), sans oublier feu Mark Lanegan (« Bubblegum »).
En tant que guitariste, auteur-compositeur-interprète, outre son projet Goon Moon en compagnie de Jeordie White, l’étasunien a surtout livré six disques avec son groupe Masters of Reality (qu’il a fondé en 1981 et dont le nom est évidement inspiré par le troisième album de Black Sabbath). Seize piges après leur dernier opus « Pine/Cross Dover » (2009), ladite formation originaire de Syracuse (New York) est de retour avec « The Archer » (= « Celui que l'on perçoit comme le maître invisible du destin » comme le présente Chris).
Toujours selon ses dires, Mister Goss a décidé ici de s’éloigner des riffs stoner/desert rock pratiqués depuis plus de trois décennies afin de « présenter notre blues sous un jour différent ». Pour l’accompagner dans sa démarche, le meneur sexagénaire à rameuter le batteur John Leamy (fidèle depuis 1999), le bassiste Paul Powell et nul autre que Alain Johannes (multi-instrumentiste, ingé son et producteur, qui a notamment collaborer avec Arctic Monkeys, le regretté Chris Cornell ou encore Them Crooked Vultures a.k.a le trio Josh Homme, John Paul Jones et Dave Grohl).
A l’écoute des différents morceaux, même si elles peuvent rejaillir ici et là, on constate effectivement que les pédales à distorsion ont été mises de coté par rapport à l’accoutumée. Cela étant dit, entre la douce voix de Chris et les paroles d’inspirations mystiques, l’univers sonore notoire de Masters of Reality demeure tout de même intact et reconnaissable. Cela sent bon le début des 70’s (le titre éponyme). Le blues ('Sugar') laisse entrer un peu de doom pour nous faire planer ('Chicken Little').
L’ambiance sur plusieurs chansons est plutôt sombre ('It All Comes Back To You'). L’orgue et la gratte acoustique se mêlent avec délice ('Powder Man' et son chant en réverb’). Des vibrations reggae s’invitent au milieu de guitares fuzzées ('Bible Head'). Il y a là de pures pépites pour nos esgourdes (l’hypnotique 'I Had A Dream', 'Mr. Tap n’ Go' et 4-cordes bien lourde, 'Barstow' et son motif psychédélique « à la The Doors » entêtant).
Il aura fallu s’armer de « seulement » seize ans de patience, mais cela en valait la peine. Recherchant l’évolution constante, Masters Of Reality a choisi pour ce « The Archer » de délaisser quelque peu le Stoner Rock pour un résultat plus sombre et plus ancré dans le blues. Une décision plutôt payante s’il en est.