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Teratology (EP)

Enora
Journaliste

Sphæra

« Teratology », un EP riche et prometteur ; à quand un album pour que Sphæra puisse pleinement déployer sa puissance créatrice ?
3 titres
Progressive Death Metal
Durée : 14
Sorti le 01/06/2018
6326 vues
AUTOPRODUCTION

Sphæra, vous vous en rendrez vite compte, est une sorte d'OVNI sur la scène Metal française, d'autant plus qu'avec seulement deux EPs à son actif, il est difficile de brosser un portrait complet de la formation originaire de Metz et de Nancy et créée en 2016. « Teratology » est le successeur de « C8H11NO2 » et voyons tout de suite quelles belles surprises il nous réserve !

Ce petit EP de trois titres s'ouvrent avec « Proteus » : une ligne mélodique à la guitare prometteuse, puis l'ajout d'une partir rythmique militaire, lourde et puissante. Le groupe nous plonge aussitôt dans un univers très construit qui donne plutôt dans le Tech Death quand on voit la complexité de ce qui nous est proposé. Fait très intéressant, le chanteur utilise autant le scream que le chant clair, un élément assez rare pour être souligné, d'autant plus que cela apporte une vraie originalité au morceau ! Si je ne suis personnellement pas fan du timbre du scream de Vled Tapas, son chant clair sonne vraiment bien et apporte un côté Tim Burton à l'atmosphère du morceau, plutôt pesante et agressive le reste du temps. Ces touches de poésie qui émaille une création plus sombre dans l'ensemble, mais toujours virtuoses, sont plus qu'appréciables !

L'ouverture de « Freaktion » se fait de manière beaucoup plus apaisée avec une guitare seule, mais la batterie de Clément Legouverneur, doublée par la basse de Dimitri Kurzepa apporte une petite pointe d'angoisse qui aiguise le morceau et le rend tranchant à souhait. Le chant clair est cette fois-ci accompagné de choeurs, comme si une armée des ombres suivaient les pas du frontman du groupe. Sphæra s'est approprié les codes du Death pour jouer avec, les retourner, les déconstruire et y mêler leurs influences propres, la plus évidente étant le Prog. Néanmoins, cela peut parfois les desservir puisqu'on peut trouver que cette seconde chanson n'a pas de ligne directrice et s'éparpille, donnant parfois dans du « Metal-spectacle », à la manière de groupes comme Avatar.

« The Fallen » nous permet de confirmer que Sphæra aime jouer sur les contrastes avec une ligne rythmique trépidante, une voix qui semble suivre ses propres règles et qui flirte parfois avec des compositions qui peuvent évoquer System Of A Down, et des guitares, tenues par Yan Binot et Kevin Neiter qui donnent davantage l'impression de garder les pieds sur terre, tout en restant dans la virtuosité et la maîtrise absolue de leur ligne mélodique. Les propositions du groupe ne cessent d'évoluer puisque, d'opposition brutale et frontale, elles se muent en lignes musicales tortueuses et vicieuses qui s'insinuent sous notre crâne avant de revenir à pleine puissance.

« Teratology » est un EP riche qui donne extrêmement envie d'écouter un album entier de Sphæra. Si ce format court met en valeur des titres forts et intelligemment composés, il met également davantage en avant des éléments qui peuvent se révéler négatifs, le premier étant que l'inventivité du groupe est telle qu'ils semblent parfois se laisser emporter dans un flot créatif qui mériterait d'être davantage canalisé. Un album leur permettrait sans doute de nous proposer, sur un temps plus long, les univers musicaux multiples et intrigants qu'ils nous laissent déjà deviner !