Attention : PIEGE !
Après la dissolution en 2015 de son groupe PETER PAN SPEEDROCK (ceci dit, récemment reformé à l’occasion de la dernière édition du Hellfest), Peter Van Elderen rencontre Marcin Hurkmans, batteur batave ayant un temps évolué au sein d’une formation locale dénommée Wolfskop. Le courant passe, et les deux gaziers, à force de jams, de concerts organisés en toute opportunité, finissent par élaborer une formule en duo qui les amène à pondre l’album éponyme qui nous intéresse ici.
Mais alors, quel rapport avec l’avertissement introductif de cet article ?
Et bien, le fait est, ma brave dame, qu'avec la formule adoptée par les deux compères (duo guitare-batterie, sans fioriture), pour une audience plus habituée à la présence d’une basse en contexte rock (et ce, malgré des exceptions comme Royal Blood, ou nos compatriotes de Knuckle Head et The Inspector Cluzo) le premier abord est assez déstabilisant.
En effet, en l’absence de basse, et sans aucun effet sur la voix (l’abum a été enregistré dans les conditions du live), le son est rêche, sec comme un coup de trique, et il peut occasionner un tantinet de rejet chez certains. Mais si on persévère quelque peu, l’on découvre une collection de riffs 24 carats, tels qu’on savait les faire notamment à l’époque bénie du grand Jimi.
Car c’est définitivement l’ombre du Voodoo Child qui plane sur les rythmiques plombées de Peter Van Elderen. On citera pêle-mêle « Wolfpack », le ternaire « Crossroad » pour s’en convaincre.
On retrouve également par endroit des boucles plus modernes, du genre que n’aurait pas boudé l’autre Jimmy (celui qui était à la page dans son dirigeable) ou, carrément plus contemporain,le Tom Morello d’Audioslave (« Down Below », cas d’école avec son riff principal à la lourdeur de mammouth).
On ne s’attardera pas sur la production, ici minimale compte tenu de la formule adoptée et de l’enregistrement « à la roots » de l’album. Tout repose sur les arrangements et l’intention amenée par le duo chacun sur son instrument. L’idée est vraiment d’exposer la quintessence de compos qui reposent sur la pulsation de la batterie et la teigne de la guitare.
Et pour le coup, on est servi tant en terme de variation de tempo (on passe du lent « Brother from another mother » au speedé « Wolfpack » déjà cité) que de riffs bluesy, hargneux, groovy (« Pluck the Rooster », au rythme ternaire qui fait délicieusement bouger le popotin et le reste avec…)
Cette galette demandera donc un effort de persévérance pour être appréciée.. L’absence de basse rebutera nos amis Doomsters/Stonerheads attachés à leur couche de gras. Mais une fois passé le cap, l’on est happé par une véritable machine à riffs bien têtus comme il faut. Il se dit qu’en musique, la perfection, ce n’est pas quand on ne peut plus rien ajouter, mais quand on ne peut plus rien retirer. Chacun se fera son idée là-dessus, en tous cas les furieux bataves de Tankzilla ne diront pas le contraire.