Cinq ans. C'est le temps qui s'est écoulé depuis ''Starbound'' (2021), l'album qui avait propulsé Osukaru vers de nouveaux sommets — plusieurs millions de streams sur Spotify, une reconnaissance internationale croissante, et cette impression que le groupe suédois était enfin en train de toucher au résultat d'une vision longue de quinze ans.
''Tall Tales'', septième album studio à paraitre le 21 août 2026 chez Pride & Joy Music, ne cherche pas à repartir de zéro. Il cherche à aller plus loin, plus haut, plus fort — tout en gardant la colonne vertébrale mélodique qui a fait la réputation du groupe. Le line-up est inchangé : Fredrik Werner (chant, guitare, Daytona, Air Raid), Oz Hawe Petersson (guitare, chœurs, producteur), Marcus Zerath (basse, chœurs) et C.D. (batterie, percussions). La production est assurée par Petersson lui-même avec Werner, le mixage par Svein Jensen (Alicate, Sister Sin) et le mastering par Mats Eriksson (Degreed) — une chaîne technique cohérente qui connaît bien l'ADN du groupe.
L'évolution sonore est tangible et documentée depuis leurs débuts AOR en 2012. ''Tall Tales'' assume une direction plus sombre, plus heavy, plus tranchante que ses prédécesseurs, tout en préservant les grandes mélodies et les refrains qui constituent la marque de fabrique. La pochette, co-créée par Petersson avec l'actrice/modèle Eliza Sica, porte cette ambivalence esthétique — une sorte d'inquiétude et d'émerveillement mêlés, "miroir des thèmes lyriques mystérieux" de l'album comme le dit la biographie officielle.
'Exceeder' ouvre le disque sans cérémonie : razor sharp, riffs plus affirmés qu'avant, une présence immédiate qui signe clairement le territoire. 'Wendigo' surprend dès son intro — harmonica, couleur southern rock/blues — avant que le morceau ne bascule dans un rock rebondissant avec Werner au sommet de sa forme vocale et un solo de Petersson impeccable.
'Blood On The Rocks', single de lancement, est le morceau le plus groovy du lot, celui qui résume le mieux l'évolution du groupe : guitares électriques à la Nuno Bettencourt et refrains infaillibles. Top ! 'The Outer Side Within' explore des territoires plus sombres et mélancoliques, tandis que 'Ronin' déploie quelque chose de plus 80's heavy burné avec un pattern de batterie monstrueux ! Enorme.
'Who Do You Love ?' joue la carte de l'immédiateté avec une forte inspiration à la Motley Crüe qui reste en tête longtemps après l'écoute. 'Split' est peut-être la prise de risque la plus assumée du disque — un rock edgier, moderne, avec des sections plus lourdes qui montrent jusqu'où le groupe est prêt à s'aventurer.
'Only Moments Left', plus soulful et bluesée, révèle une facette sophistiquée de la plume de Werner. La ballade 'When It's Over' est l'un des moments les plus émotionnellement forts de l'album, bâtie par accumulation progressive jusqu'à un refrain qui sait prendre le temps nécessaire.
'C'est Dans Ta Tête', avec son titre en français qui clôt un album suédois produit pour un label allemand, finit le disque sur une touche inattendue mais finalement cohérente avec l'esprit d'un groupe qui n'a jamais cherché à se cantonner à un seul registre.
''Tall Tales'' est probablement le disque le plus complet de la discographie d'Osukaru. Il combine tout ce que le groupe a appris depuis quinze ans — les grandes mélodies, l'architecture sonore, la justesse vocale de Werner — en y ajoutant une couche d'audace supplémentaire. Ceux qui les suivaient depuis ''Starbound'' y trouveront une évolution logique et satisfaisante. Les nouveaux arrivants y découvriront un groupe suédois au meilleur de sa forme.