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Symphony of Shadows

Baptman
Journaliste

Seven Thorns

Malgré la présentation bien trop générique de leur album, Seven Thorns parviennent toutefois à ne pas tomber dans les travers les plus courants du power/epic metal et même à nous offrir une petite surprise en milieu de disque.
9 titres
Power Metal
Durée : 41
Sorti le 14/12/2018
3501 vues
Cette année les danois de Seven Thorns reviennent avec un 3ème album intitulé ''Symphony of Shadows'', dans la même veine épique et power que ses prédécesseurs mais aussi résolument plus sombre et heavy. Si le sobrement intitulé ''II'' sorti en 2014 faisait inévitablement penser à du Rhapsody of Fire et à du Sonata Arctica, on est ici plus dans des ambiances gothiques, comme la pochette et le titre de l'album, tous deux vraiment génériques c'est vrai, le laissent légitimement supposer.

Marquises et gentilshommes amateurs de musique néo-classique et de fanfreluches en dentelles, rallumez donc vos candélabres, revêtez votre plus belle redingote, parez-vous de vos bijoux et haut-de forme et engouffrez-vous dans votre fiacre, car ce soir, nous allons au concert !

''Symphony of Shadows'' est assez facile à classer en termes d'influences. C'est du power métal néo-classique dans la pure veine d'Adagio, Stratovarius ou Gamma Ray avec ça et là des influences Symphony X et Rhapsody of Fire.

La virtuosité instrumentale va être au rendez-vous, me direz-vous, et vous aurez raison. Gabriel Tuxen, le guitariste et compositeur affirme s'être bien « amusé » pendant la composition de ce nouveau disque. Le bougre nous livre en effet tout au long de l'album des solos digne de Lucas Turilli, Stefan Forte, Yngwie Malmsteen et Tony McAlpine.

Le reste du groupe n'est pas en reste et la précision des descentes harmoniques au clavier comme des blast beats au tempo d'un cheval au galop satisfera les amateurs de performance. Celle-ci sert le propos toutefois et a le bon ton de ne pas empiéter sur le ressenti global, ce qui mérite d'être souligné.

L'ambiance symphonique de l'album est plutôt bien rendue par les choix instrumentaux et des sonorités. On note par exemple plusieurs passages baroques où clavecins et cordes prennent la parole un instant avant de redonner la place aux instruments amplifiés pour un solo des plus lyriques dans 'Black Fortress', par exemple.

Des éléments et sonorités progressifs sont également présents. Le claviériste Asger Nielsen a en effet choisi des sonorités de claviers proches de celles utilisées par Michael Pinnella (Symphony X) sur plusieurs titres. On reconnaît également dans plusieurs morceaux les sons pitchés chers à Jordan Ruddess (Dream Theater), sur 'Last Goodbye' et surtout sur 'Virtual Supremacy' et le solo du morceau titre.

Ce qu'on retient principalement de ''Symphony of Shadows'' c'est bel et bien qu'il a réussi à échapper au générisme qui touche tant de groupes et d'albums de power/symphonique tombés dans l'oubli. Sans toutefois apparaître comme la nouvelle révélation du genre, le groupe est parvenu à sortir un disque digne de l'attention d'un auditeur averti comme d'un novice en matière de métal épique. Ce n'était pourtant franchement pas gagné avec une pochette si stéréotypique et un titre d'album aussi peu original. Pour peu les deux auraient presque fait figure de cas d'école sur ce qu'est le métal power/symphonique actuellement.

La principale raison de cette rédemption est l'exotique 'Beneath a Crescent Moon' qui constitue la petite perle de l'album. Dès l'introduction, nous voici au Pays des Mille et Une Nuits. La citare, les gammes arabisantes, les chants orientaux, le groove de batterie très percussif, et la section instrumentale finale à base de derboukas et cordes orientales...tout est là pour nous évoquer des déserts à perte de vue et des palais enchanteurs. Dans le style, on pense à Myrath, groupe de métal progressif tunisien. Ce morceau est assez inattendu dans un album qui s'annonçait plutôt gothique et sombre, et en ressort d'autant mieux. Une jolie surprise.

''Symphony of Shadows'' marque des points et s'extrait de fait des limbes aussi grâce à sa juste mesure et à son bon goût général.

L'album s'écoute avec plaisir d'une traite et sa durée plutôt courte : un peu plus de 40 minutes au compteur, n'est pas un problème au contraire puisqu'il empêche l'oreille de fatiguer et l'auditeur de se lasser, ce qui est, il faut bien l'avouer, souvent le cas sur ce genre d'album. Les titres, courts également avec une moyenne entre 4 et 5 minutes, en sont d'autant plus efficaces. Certaines mélodies vous resteront en tête dès la première écoute.

Le groupe a aussi judicieusement résisté à la tentation de mettre des tartines de chant lyrique en latin sur tous les titres sous prétexte de faire « symphonique », un travers dans lequel d'autres formations emblématiques du genre power métal/métal épique se sont malencontreusement embourbées sur leurs productions récentes. Nous ont aussi été épargnées (Dieu merci !) les passages parlés et les séquences narratives dont on aurait pu craindre la présence avec un pareil nom d'album. Bref, dans ''Symphony of Shadows'', Seven Thorns ne révolutionne certainement pas le genre, mais lui fait honneur tout en évitant de tomber dans la surenchère pourtant si facile dans son genre musical d'expression.


Cette ''Symphony of Shadows'' ne présenterait-elle aucune part d'ombre ? Et bien, tout est une affaire de goût, mais la voix particulière de Björn Asking, successeur de Gustav Blide au micro, pourra ne pas convenir à tout le monde. Le bonhomme délivre certes une performance puissante, techniquement impeccable et qui sert bien les titres, mais son timbre de voix légèrement nasillard pourra en gêner certains, en particulier sur le refrain de 'Black Fortress' : ''no rest for the wickeeeeeeeeed'' qui donne un aspect presque risible au refrain quand on s'y attarde, au risque de casser l'effet attendu. En comparaison, Gustav avait un timbre plus grave et peut-être un peu plus d'expressivité dans sa palette vocale (comme en atteste la ballade de l'album précédent : 'You're Not Brave If You're Not Scared'). Le remplacement d'un chanteur n'est pas une mince affaire, loin s'en faut, mais Seven Thorns est encore un jeune groupe. Nul doute dans ces conditions que Björn arrivera à trouver ses repères.

En définitive, ''Symphony of Shadows'' est un album agréable à écouter, de bon goût, bien ficelé, suffisamment personnel pour attirer l'attention et ne pas tomber dans l'anecdotique, mais pas non plus indispensable. Pour ceux et celles d'entre vous dont votre serviteur fait partie, qui n'avaient plus écouté de power depuis de longues années, cet album a un petit effet nostalgique fort agréable. Pour les fans du genre, il ne sera certainement pas synonyme de dépaysement, à voir si cela leur pose problème ou non.

Seven Thorns seront de passage à Paris le 1er décembre au Klub en première partie de Blitzkrieg.