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Sympathy for the Decibel

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

Guerrilla Teens

Cinq titres et moins d'un quart d'heure : 'Sympathy for the Decibel'' est un concentré de punk'n'roll nerveux, joué avec les tripes
5 titres
Punk 'n' Roll, Garage Punk
Durée : 14 minutes 36
Sorti le 16/10/2026
20 vues
SONIC JETT RECORDS
Le titre fait sourire deux fois. On y entend évidemment les Rolling Stones, mais aussi un clin d'œil à Sympathy for the Record Industry, le label qui publiait les Humpers dans les années 90.

Scott "Deluxe" Drake et Jeff Fieldhouse écrivent ensemble depuis bientôt quarante ans : après les Humpers puis les Lovesores, ils ont fondé Guerrilla Teens à Portland pendant la pandémie, au moment où les salles fermées les ont poussés à composer plutôt qu'à jouer. Depuis, il y a eu ''Under The Dagger'' en 2023, un 45 tours couplant 'I Cyclops' et 'Pride Of The Savanna', puis ''Monkey's Paw'' en 2025. Avec Saul Koll à la seconde guitare, Tim Connolly à la batterie et Anna Andersen à la basse, le quintette revient chez Sonic Jett Records avec un EP de cinq titres, en attendant le vinyle.

La première chose qui frappe, c'est la durée : quatorze minutes et demie, aucun morceau au-delà de trois minutes et demie. Tout ici est pensé pour l'impact immédiat, sans intro qui traîne ni pont qui s'éternise. Le morceau-titre en donne le ton dès l'ouverture : un stomp brut et débraillé, taillé pour la scène, où les chœurs semblent écrits pour que la salle les reprenne poing levé. Ce n'est pas un hymne au sens solennel du mot, plutôt un cri de ralliement de bar, et il fait exactement le travail qu'on attend d'un premier titre.

Le cœur du disque regarde vers les marges sombres du rock'n'roll. 'Ghost of New Orleans' et 'Gravedigger' plongent dans un garage punk qui doit beaucoup aux Stooges, avec une démarche des années 50 et un parfum de nuit d'Halloween qui lui donne un supplément de caractère.

Le contraste arrive avec 'Spider Bouquet'. Le groupe y lève le pied, assombrit le ton et retrouve ce versant garage plus inquiétant qui fait depuis le début une partie de son identité. En deux minutes et demie, il installe une tension que les morceaux plus rapides n'ont pas le temps de construire.

À l'opposé, 'You're Looking Good' referme le disque en mettant tout à nu : une décharge de punk à l'ancienne, sans fioritures, qui file et s'arrête net. Avec 'Ghost of New Orleans', c'est le moment où l'on mesure le mieux la verve de deux musiciens qui pourraient être les pères de bien des groupes qu'ils dépassent en énergie.

Sur le plan du son, Guerrilla Teens ne polit rien et a bien raison. Les deux guitares de Fieldhouse et Koll avancent en se frottant l'une à l'autre, et cette friction fait avancer les morceaux bien plus que la vitesse. Derrière Drake, les voix d'Anna Andersen, de Fieldhouse et de Connolly ajoutent une couche mélodique qui adoucit à peine le grain sans jamais l'arrondir.

Les refrains accrochent, et c'est sans doute la vraie force de ce disque : on reste loin du simple trois-accords-et-mauvaise-humeur, sans tomber dans la nostalgie de vétérans qui rejoueraient leur jeunesse. Le groupe se présente lui-même comme du "rock'n'roll venu des jungles de Portland ravagées par la guerre", et la formule colle bien à ce mélange de dérision et de sérieux.

Au fond, ce que dit cet EP tient en une phrase : Drake et Fieldhouse n'ont aucune intention de raccrocher. ''Sympathy for the Decibel'' est un concentré de punk'n'roll nerveux, joué avec les tripes et sans prétention. Malheureusement trop bref pour marquer autant qu'un grand album du genre, il donne pourtant envie de voir ces cinq-là sur scène, et c'est peut-être tout ce qu'il cherchait à faire.