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Sweet Sweet Time

Valerian Morillas
Journaliste

Gleewood

'Sweet, Sweet Time' de Gleewood, un album dont les reliefs musicaux évoquent ceux, naturels, des paysages de l'Ouest américain vers lesquels sa musique nous transporte.
13 titres
Rock US
Durée : 57
Sorti le 28/09/2018
3562 vues

Second album studio du trio électro-acoustique Gleewood, sorti en 2016 aux États-Unis mais seulement fin septembre 2018 en Europe via le label M & O Music, ''Sweet Sweet Times'' est un pur album d'Americana, qui plonge ses racines dans les traditions musicales américaines et se fait ainsi savant mélange de Folk, de Country, de Blues et de Rock'n'roll.

Mené de main de maître par le guitariste-chanteur Jhett Sioux et par sa femme Callie, bassiste-chanteuse au sein de la formation, le disque réussit le tour de force, de par son éclectisme, de ne jamais être redondant en près d'une heure d'écoute, et nous présente un panel de sonorités variées mais néanmoins parfaitement cohérentes et complémentaires, découlant de la parfaite maîtrise par les musiciens des codes inhérents aux genres musicaux abordés.

S'ouvrant sur une brève introduction instrumentale, l'album nous plonge dès le premier titre éponyme ('Sweet Sweet Time') dans une ambiance U.S vintage, qui nous amènerait presque à nous sentir au volant d'une Cadillac lancée à vive allure sur l'asphalte brûlant de la Route 66... ou bien à celui d'une Clio slalomant à 80 km/h entre les nids de poule de la départementale du coin, selon nos moyens et la portée de notre imagination.

S'ensuivront des morceaux brillant par leur éclectisme, du Heavy Rock gras de 'Shades' à la ballade d'automne au son chaud et cosy que l'on prendra plaisir à écouter au coin du feu ou du radiateur électrique ('A Fall Ballad'), en passant par le Hard Blues de 'Whiskey Sue' qui rappellera par exemple les sonorités, dans un registre similaire (et classés par couleur), des Black Keys, des White Stripes ou de White Buffalo.
Ambivalentes, les voix des chanteurs s'entremêlent à merveille, le timbre de soprano doux de Callie permettant de contrebalancer la signature vocale étonnamment grave et profonde de Jhett, pour un rendu final mélodieux et euphonique.
Mention spéciale à la ballade Folk-Rock ''Of Mountains And Friends'', titre bucolique célébrant la beauté de la vie au coeur des vastes contrées sauvages américaines, au rythme des migrations de bisons et des cours d'eau sauvages, dont on appréciera la poésie et la qualité d'écriture (pour peu que l'on comprenne un peu l'anglais), ou, à défaut, la qualité mélodique du refrain, extrêmement accrocheur et particulièrement bien servi par les notes d'harmonica et de banjo qui s'y glissent.

Notons également la présence d'une reprise de 'House Of The Rising Sun', qui, de par le caractère extrêmement classique de ses arrangements, et également parce qu'il vient s'ajouter aux centaines de versions de ce tube déjà enregistrées à travers le monde, aurait sans doute pu nous être épargné ; d'autant que l'on a normalement saisi, à ce stade de l'album, l'essence de la musique qui nous est proposée, et que rajouter un titre aussi évident tient davantage du cliché que du coup de génie. Ce nonobstant, conscients de la difficulté pour un groupe émergent tel que celui-ci à fédérer un public à l'unique force de ses compositions originales (aussi inspirées puissent-elles être), et du pouvoir d'adhésion inhérent à une reprise de ce genre, nous accueillerons tout de même ce titre de bonne grâce.

L'album, qui se clôture avec un 'Smooth Like Gin' dont l'ambiance fait étrangement penser au 'Bonnie And Clyde' du duo Serge Gainsbourg / Brigitte Bardot, est donc une véritable invitation au voyage à l'américaine, un disque vintage, paradoxalement Roots et atypique à la fois, et finalement et simplement réussi.