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Suffit juste d’une seconde

CELINE DEHEDIN
Journaliste

Cachemire

Suffit juste d’une seconde, et tout bascule…
13 titres
Rock 'n' Roll, Hard Rock
Durée : 42
Sorti le 10/10/2025
709 vues
ENRAG� PRODUCTION
Il y a des disques qui ne laissent aucune chance au doute. "Suffit juste d’une seconde" appartient à cette trempe-là : une claque franche, nette, qui réveille le rock francophone avec une urgence rare et une écriture sans fioritures. On lance le premier titre, et déjà la mécanique est lancée, tendue, précise, irrésistible.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’efficacité des guitares. Les riffs claquent comme des uppercuts, jamais démonstratifs, toujours au service de la chanson. Chaque morceau paraît taillé pour la scène : structures ramassées, breaks limpides, refrains qui s’installent sans demander la permission. On sent le groupe rompu au live, le tempo accroché aux reins, les transitions réglées au millimètre — cette énergie d’atelier qui se transforme en feu d’artifice quand les amplis chauffent.

La voix de Fred Bastar électrise l’ensemble. Elle a ce grain accrocheur qui porte l’émotion à hauteur d’homme, avec des inflexions qui évoquent parfois celle de Gaëtan Roussel — notamment dans l’élan initial de ‘Pied au plancher’ ou, par touches, la tension vibrante d’un Freddy Mercury sur certaines tenues de notes aiguës. Mais loin de l’exercice de style, le timbre s’impose surtout par sa franchise : un chant qui raconte, qui incarne, qui brise la glace entre la musique et l’auditeur.

Sous la carapace rock, les textes visent juste. Jamais verbeux, jamais cyniques, ils attrapent le réel avec une précision d’instantané. ´Adam’ s’impose comme le cœur battant du disque : un titre bouleversant, qui aborde la question du genre depuis la perspective d’un enfant prisonnier d’un corps qui n’est pas le sien. Le propos est tenu, sans pathos ni posture, et c’est précisément cette retenue qui fend l’armure. On ressort de là avec un silence en tête, le bon, celui qui fait réfléchir.

La production privilégie la proximité et la dynamique : rien ne bave, tout respire. Les guitares sont nettes, la basse a ce grain légèrement râpeux qui nourrit l’assise, la batterie frappe clair. On sent l’envie de laisser les arêtes vives, de ne pas polir à l’excès, et c’est là que le disque trouve sa signature : un son contemporain qui assume la rugosité.

"Suffit juste d’une seconde" est de ces albums qui réconcilient vitesse et précision, frontalité et délicatesse. On y vient pour les riffs, on y reste pour les chansons, on y revient pour ce supplément d’âme qui affleure entre deux syncopes, deux silences, deux notes tenues un peu plus longtemps que prévu. Un sommet de fraîcheur et d’impact, et surtout une furieuse envie de les voir sur scène.