Dix ans après ''Atmospherical'', Tony Niva retrouve sa voix d'or et une équipe de haut niveau pour un hard rock mélodique scandinave classique, fougueux et généreux en refrains.
Dix ans séparent ''Atmospherical'' de ''Stratospheric'', et le titre du nouvel album prolonge celui du précédent, comme une ascension qu'on reprendrait après une longue halte au refuge. Ce rythme de sénateur n'a rien de nouveau chez Niva : après ''No Capitulation'', paru en 1994, le groupe de Skovde s'était tu près de dix-sept ans avant d'enchaîner cinq disques entre 2011 et 2016, puis de retomber dans le silence.
Sept albums en plus de trois décennies, donc, et un patron qui n'a pas changé : Tony Niva tient le micro et partage la production avec Jan Strandh. Autour de lui, la formation sent les retrouvailles, avec deux piliers de Lion's Share, Lars Chriss à la guitare et Johan Kullberg à la batterie, Jan Stal à la basse et Kay Backlund aux claviers. Détail révélateur, 'Rise Up Again', l'un des deux singles mis en avant, circulait déjà en 2021 : ce disque a pris son temps pour mûrir.
Ce qui frappe d'emblée, c'est la voix. Tony Niva a gardé ce timbre légèrement nasal, reconnaissable entre mille, qui renvoie tout droit à l'âge d'or du hard rock mélodique suédois, celui d'Europe, de Treat ou de Talisman. Surtout, il s'en sert avec discernement.
Sur 'Fatal Crash', c'est au moment où il monte dans les aigus que le morceau s'ouvre vraiment, soutenu par des claviers très soignés et des guitares bien nerveuses. 'Stay With Me' repose presque entièrement sur la précision de son phrasé, qui finit par s'installer dans la tête sans jamais forcer le trait. Le chanteur connaît ses moyens et joue avec eux plutôt que contre eux, ce qui n'est pas si courant chez les vétérans du genre.
Les titres les plus fougueux sont aussi les plus convaincants. 'Rock The World' ouvre le disque avec des guitares acérées et un refrain qu'on retient dès la première écoute : rien de surprenant dans cette profession de foi, mais une efficacité sans faille pour poser le décor. Le morceau-titre est sans doute la meilleure carte de visite de l'album. La guitare de Lars Chriss y prend son envol, le chant suit sans se laisser distancer, et c'est là que l'équilibre entre l'énergie du hard rock classique et le vernis de l'AOR est le mieux trouvé.
'Rhythm Of The Heart' joue dans la même cour, avec un refrain particulièrement contagieux et un solo expressif, presque plaintif, qui donne au morceau une couleur un peu mélancolique.
'Rise Up Again', mélodie accrocheuse et chant habité, justifie pleinement son statut de single, et prouve au passage que les années d'attente n'ont pas émoussé ce qui le rendait séduisant.
Le groupe s'autorise aussi des formes plus amples.
'Heaven Strikes Again' empile les mélodies classiques avec une densité qui rappelle les heures fastes du métal néoclassique, tout en gardant un refrain taillé pour être repris en chœur. 'Time To Say Goodbye' se pare d'une majesté presque cérémonielle, l'un des moments où Niva vise le plus haut.
Tout au long du disque, la section rythmique fait un travail impeccable, sobre et solide, tandis que les claviers de Kay Backlund, modernes sans jamais sonner datés ni envahissants, apportent beaucoup de relief. Quant aux solos, Lars Chriss n'en rate pas un. La production, claire et puissante, met tout ce petit monde en valeur sans écraser les nuances.
''Stratospheric'' reste dans les codes du hard rock mélodique scandinave d'il y a trente ans, et c'est ce qui nous plait, clairement. Il est l'album d'un chanteur qui a su attendre son heure et d'un groupe qui joue cette musique comme une langue maternelle. Ceux qui ont grandi avec Treat, Europe ou Lion's Share y trouveront un hard rock mélodique fougueux, superbement chanté, tenu par une poignée de refrains de très haut vol.