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Steinfeld

Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

Drescher

Clairement, Drescher entre dans le monde des artistes significatifs du Folk, n'hésitant pas à repousser les frontières de ce genre sacré et pourtant déjà si riche.
10 titres
Melodic Thrash/Folk/Heavy Metal
Durée : 48
Sorti le 30/09/2016
4486 vues
La « batteuse » Autrichienne reprend du service, nous sortant un second album de Folk Hard mélodique dont elle a le secret.
Drescher n'est pas un groupe comme les autres. Du haut de ses 3 ans d'expérience et 7 ans si je considère l'expérience antérieure sous l'entité « Bleeed », les 5 artistes qui composent le band expriment un Folk assez original, j'ose même dire qu'ils innovent totalement, montrant un véritable cachet spécifique. Vous ne trouverez pas deux Drescher dans le monde sacré du Folk.

Nous pouvons aussi constater que ces Autrichiens sont des bosseurs, la production suit avec régularité dans la temporalité.
Voyez par vous-même, à peine 1 an après sa formation, Drescher sortait déjà un single « First Blood », comprenant 3 titres bien torchés. Ha ce clip du sauvetage de la jolie tavernière qui allait se faire abuser. Le héros de l'instant, un vieil homme amené à tuer pour empêcher le viol. Hélas pour lui, ce sauvetage était aussi sa propre condamnation, lui donnant rendez-vous avec l'impacable vengeance. Drescher ne nous raconte pas des histoires à l'eau de rose, où tout est bien qui finit bien. Que du contraire, ils écrivent du réel, dans tout ce qu'il a d'injuste.

En 2014, le band nous sort « Erntezeit » avec 10 titres bien travaillés. Mais qui donc peut oublier le seul homme au monde capable de vous éviter une aversion totale pour le jeu d'accordéon ? C'est que Filip Rado possède une technique de jeu incroyable. Il vous pond des riffings soufflés ultramodernes. Nous mesurons sa très haute technicité et plus encore, sa parfaite maîtrise de l'engin.
Quant à ce Folk spécifique, nous ne trouvons pas dans l'aspect festif et bateau du sous-genre. Loin de là, le groupe vous transporte entre la vie et la mort. Il est capable d'irradier comme de vous éteindre et toujours, il vous touche.

Avec le même line-up, voilà sorti ce « SteinFeld », éponyme de la commune de plus de 2 100 habitants, à l'ouest de Klagenfurt, où résident des membres. Leur Folk se veut héritier digne de leur patrimoine régional.
Vous me direz qu'il n'y a rien d'extraordinaire jusque-là, d'autres groupes le font aussi. Certes oui, mais quel groupe chante donc en vieux dialecte Autrichien ?
Oui, c'est aussi la marque d'unicité d'un combo vivant un pays où l'on parle aussi la langue de Goethe.

Passé l'effet de surprise constaté sur la discographie antérieure, Drescher allait-il parvenir à pondre un album aussi prenant ? Peuvent-ils encore nous captiver ?

Quelques écoutes plus tard, je peux vous dire que oui, la réponse est 3 fois oui.

La nouvelle galette s'ouvre sur « A bissl Glick » qui pose un cadre mélancolique, teinté d'une mélodie magnifique. Je retrouve le peps du super batteur, Sigi Meier (Ce diable vous joue tant du Heavy-Thrash que du Death et parfois du Black Pagan). Le chant de Bernd est plus tranchant, moins lisse que lors des années antérieures. On pense un peu au « Wathever That Hurts » de Tiamat sur le timbre. La basse de Roland ronfle en léger Groove, c'est humble mais imparable. Musicalement, nous sommes transportés. Ce morceau est génial.

Sans se permettre de reprendre un fifrelin de souffle, les Autrichiens nous ont déjà plongés dans « Adrenalin » qui porte des fragrances bien épiques et majestueuses. Le jeu de guitares propose un cadre plus Industriel, soutenu par un accordéon hyperactif mais fluide et rapide. Le morceau est incisif. Le refrain est super poignant. En gros, ce morceau vous fera l'effet de 10 tasses de café fort, prises à la suite. C'est excitant. Il y a congruence entre le titre et le rendu. Enorme !!!

Le troisième titre, « Unten » est tout bonnement extraordinaire. Entre splendide refrain cadré dans un jeu mélodique et des blasts diantrement gaillards. C'est prenant. Nous valsons dans les montagnes et pouvons sentir l'odeur des grosses pintes qui attendent notre retour à table. Ce titre signifie « Dessous » et force est de constater que ce qu'il mettra au sol, ce sera son auditeur.

« Guade oide Zeit » démarre dans un registre plus Heavy superbement joué par Bernd et Gernot. L'architecture est ici plus classique mais reste bonne en efficacité. Le rythme est élevé tout au long du morceau.

Coup de coeur sur le remarquable « Regen » signifiant « remuer ». Non seulement l'accordéon joue un registre plus mélancolique mais il y a sublimation de l'atmosphère par des choeurs d'enfants. C'est magnifique, le refrain est magistral. Voilà un hit bien poignant. Bernd nous offre un chant assez torturé. C'est nous qui sommes remués, c'est inexorable.

Sur la 6ème piste, j'ai failli m'écrouler de ma chaise… « Es reignt Bluat » reprise énorme de Slayer (Raining Blood) qui n'est absolument pas massacrée mais véritablement transcendée. Le jeu de basse est fabuleux, et cet accordéon qui se permet un jeu Thrashy. Ne comparons pas avec Apocalyptica qui a pourtant été en mesure de pondre de fameuses cover. Drescher parvient à ranimer l'âme de Slayer mieux encore que Slayer, lui-même, ne soit en mesure de le faire actuellement.

« Olles ok » se veut plus positif et démarre sur une mélodie à l'accordéon rappelant un peu le fameux synthé sur « Mother North » de Satyricon. Encore un bien beau morceau musical plein d'énergie vitale, où l'engagement est omniprésent.

Sur « Endlich leben », ce souffle de vie se propage toujours, nous plongeant dans un Folk plus passéiste mais empli de sagesse. La batterie est inscrite dans un registre plus Heavy Deathly. Nous retrouvons les jolis choeurs enfantins qui donnent une dimension angélique.

S'ensuit « I will di ausbliatn sehn » qui verse dans un style guitaristique Indus à la Rammstein. Le rendu est engagé, dynamique et épique.

Le dernier titre, « Der Held » évoque un héros, gardant la même ligne rythmique que sur le morceau précédant. C'est bon, limpide, frénétique sur certains aspects. Le refrain vous touche et fait mouche.

Ce second album est splendide, et en ce qui me concerne, je découvre là mon coup de coeur absolu de l'année 2016 en matière de Folk.
C'est pur bonheur de tomber sur des groupes qui subliment leur art pour en faire une oeuvre raffinée.

Clairement, Drescher entre dans le monde des artistes significatifs du Folk, n'hésitant pas à repousser les frontières de ce genre sacré et pourtant déjà si riche.
Bravo aux artistes.

Quant à vous, foncez sur cet album, il va vous rallumer votre lumière de vie.

Morbid Domi (Novembre 2016)