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Somebody's Knocking

FRED H
Journaliste

Mark Lanegan

Ce « Somebody's Knocking » mêle passé et modernité. Mark Lanegan frappe à nos portes avec une livraison globalement accrocheuse, variée, cohérente et réussie.
14 titres
Rock
Durée : 57'04
Sorti le 18/10/2019
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Mark is back. Deux ans et demi se sont écoulés depuis son dernier effort studio en date « Gargoyle ». Comme à son habitude, entre 2 rondelles avec son band, l'irrassasiable ex-Screaming Trees en a profité pour composer un titre pour Marianne Faithfull et prêter sa voix à tout un tas de projets (un tribute Pink Floyd, la BO pour la série « American Gods ») et de combos/personnalités d'horizons variés (Unkle, Sweet Apple, Dead Combo, Neko Case, Mark Morton, … Duke Garwood et même avec le producteur d'électro expérimentale italien Alessio Natalizia a.k.a Not Waving pour l'opus « Downwelling » Cet homme semble décidément infatigable.

Au fil de ses livraisons, la musique du natif de Ellensburg (état de Washington) a évolué. Le Hard blues folk des débuts, plutôt sombre et mélancolique, à mué petit à petit vers le rock (« Bubblegum ») voire le heavy et l'expérimental (l'EP ovni « Here Comes That Weird Chill ») puis vers des productions plus lumineuses et colorées ces dernières années. Malgré un passé des plus noir (addictions aux drogues dures et à l'alcool, perte d'amis très proches tels que Kurt Cobain et Layne Staley), l'homme aux mains tatouées est bien dans son époque. Cherchant à évoluer artistiquement parlant, Mark n'hésite pas à se bousculer. Pour l'épauler, notre bariton s'est – à nouveau - encanaillé de plusieurs lascars déjà présents sur des skeuds précédents. On retrouve ainsi Martin Jenkins (connu pour son one-man band Pye Corner Audio et pour avoir remixé un EP pour les Ecossais de Mogwai), le guitariste-producteur Rob Marshall (Exit Calm, qui à embaucher Mark et Dave Gahan de Depeche Mode (tiens donc) pour son projet Humanist à venir prochainement) ou encore le virtuose violoniste-arrangeur Sietse van Gorkom (Red Limo String Quartet, The Kyteman Orchestra, Lady Dandelion …).

Rien d'étonnant donc que des éléments électro se retrouvent de manière assez marqués sur cette galette (l'énergique 'Stitch It Up' et ses boucles tourbillonnantes, 'Dark Disco Jag' et ses beats entêtants, 'Radio Silence'). Lanegan avoue apprécié fortement ce genre et ces sonorités depuis qu'il est gamin. Il reconnaît aussi être un grand fan de Depeche Mode et surtout de New Order. Certaines pistes (le dansant 'Penthouse High') sont même carrément revendiquées comme étant des « déclarations d'amour » à ce combo. Soucieux de ne pas s'enfermer, Mark et sa clique naviguent avec une insolente aisance parmi différents univers. Avec sa/cette voix si particulière et assurément unique (c.à.d. rauque et monocorde), formée à grands renforts de consommations répétées de whisky et de de cigarettes, notre grand gaillard se promène. Il partage ses accointances avec Joy Division (la ballade pop 'Playing Nero', 'Name And Number') – groupe qu'il reprend déjà depuis plusieurs années sur scène ('Atmosphère', 'Dead Souls'), fait un détour par Duran Duran ('Night Flight To Kabul' et ses claviers prononcés) et s'aventure en contrées Disco ('She Loved You') ou aux frontières de l'orient ('Letter Never Sent'). Il n'oublie pas pour autant le rock plus sombre ('Gazing From The Shore', 'War Horse'). Aux travers de compos plus dépouillées ('Paper Hat', 'Two Bells Ringing At Once'), le chanteur laisse même transparaître sa sensibilité. Au niveau des lyrics, laissant ses auditeurs comprendre ce qu'ils peuvent/veulent, l'américain s'exprime entre réalité, images psychédéliques ('l'agité Disbelief Suspension') et onirisme métaphorique.

Pour équilibrer ce melting-pot pot musical, c'est le fidèle homme de l'ombre et multi-instrumentiste Alain Johannes (Arctic Monkeys, QotSA, le regretté Chris Cornell, PJ Harvey ou Them Crooked Vultures) qui rempile derrière la console (il l'était déjà pour « Bubblegum »). Rien à redire, le boulot est soigné.

Les 14 chansons de ce « Somebody's Knocking » mêlent passé et modernité. Mark Lanegan frappe à nos portes avec une livraison globalement accrocheuse, variée, cohérente et réussie. Dès lors, ce serait un grave péché que de ne pas lui ouvrir vos lourdes et vos esgourdes.