On pensait Cathedral définitivement scellé dans la pierre depuis The Last Spire en 2013. Et pourtant, douze ans plus tard, le groupe refait surface avec Society’s Pact With Satan, un enregistrement « fantôme » exhumé des archives du producteur Jaime Gómez Arellano. Capté lors des sessions de leur ultime album, ce morceau de près de trente minutes n’avait jamais été mixé ni publié. Sa redécouverte, plus qu’un simple bonus posthume, agit comme une résurgence : le dernier souffle d’un groupe qui avait fait du doom un espace de grandeur et de menace mystique.
Dès les premières secondes, le ton est donné : orgue solennel, grondement lointain, voix spectrales — tout respire la liturgie noire. Puis les guitares s’abattent, épaisses, lentes, portées par un groove tellurique typiquement Cathedral. Le morceau se déploie par strates, alternant riffs monolithiques, pauses psychédéliques et montées irrésistibles. La production, puissante sans être clinquante, conserve cette patine analogique qui rend la musique presque tangible : on sent les amplis vibrer, la poussière du studio, la gravité des cordes.
L’écriture, elle, est habitée par une colère lucide. « Lords and leaders of all nations / made a pact with Satan », chante Lee Dorrian, dans une imprécation qui résonne comme une mise en accusation du pouvoir, de la corruption, de la servitude volontaire. Le titre — Society’s Pact With Satan — n’est pas un slogan démoniaque mais une métaphore politique : l’humanité qui vend son âme à ses propres institutions, à sa cupidité, à son confort. Derrière la lourdeur, il y a une idée, une vision, presque une prophétie.
Ce qui frappe ici, c’est l’équilibre entre puissance et clairvoyance. Cathedral y apparaît dans sa forme la plus grave, la plus solennelle, mais aussi la plus complète : la lourdeur du doom s’y mêle à la spiritualité, au groove, à une théâtralité presque gothique. Tout est pensé pour durer, pour se répéter jusqu’à la transe ; chaque riff est un pilier, chaque accalmie, une respiration avant la suivante.
L’orgue et la guitare s’enlacent comme dans une procession, et la voix de Dorrian, plus prophétique que jamais, donne à cette pièce une aura de sermon terminal.
Society’s Pact With Satan agit moins comme un appendice que comme une épitaphe parfaite : un morceau total, un rituel de fin du monde, où la lenteur devient un langage et la distorsion une prière. C’est un disque de terre et de feu, de jugement et de dévotion, où Cathedral signe sans le vouloir, peut-être sa plus belle dernière messe