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Smutnice

Enora
Journaliste

Silent Stream of Godless Elegy

« Smutnice », un album qui donne l'impression d'assister au ballet fantôme d'un monde disparu, ramené à la vie par les chants spirituels de musiciens oubliés et dont il ne faut pas sous-estimer le pouvoir
8 titres
Doom/Folk Metal
Durée : 49
Sorti le 07/12/2018
2699 vues
REDBLACK PRODUCTIONS

Silent Stream Of Godless Elegy est un groupe dont on se souvient grâce à ce nom si poétique et rêveur et qui s'est formé en 1995 en République tchèque autour d'un mélange de Folk et de Doom unique en son genre. Près de sept ans après leur cinquième album, « Návaz », les musiciens du groupe offre « Smutnice » à leur public.

La multitude d'instruments que l'on entend sur l'ouverture de ‘Ten, ktery ukoval Slunce' plonge l'auditeur dans un univers musical complexe et soigné où les voix d'Hana Hajdová et Pavel Hrnčíř s'harmonisent et se répondent, parfois l'une en scream et l'autre en chant clair, dominant l'ensemble à la manière des chefs spirituels du projet. Les instruments traditionnels apportent avec délicatesse la touche Folk qui fait tout le charme de Silent Stream Of Godless Elegy. Le choeur qui introduit ‘Kdo z nas je vic' marque d'abord les esprits par sa beauté puis évoque le chant des sirènes alors que la batterie lourde de Michal Milták intervient, suivie de tout le groupe. Les musiciens tentent de nous ensorceler et on s'y laisserait presque prendre. Arrive ensuite ‘Synecku', qui se traduit par ‘My Beloved', et qui prend la forme d'une chanson douce et sobre. Le groupe emporte l'auditeur dans un tourbillon d'émotions et d'histoires avec la poésie de la langue tchèque. ‘Ptakoprav' place un décor plus sombre, lent et mystérieux. Les influences Doom que les musiciens revendiquent prennent ici tout leur sens.

La basse de Stanislav Pavlík introduit une ligne rythmique retenue et étrangement groove sur ‘Maloverna' où les voix du chanteur et de la chanteuse se font chuchotantes et incroyablement apaisées alors qu'un piano vient plaquer quelques accords en soutien de cette ligne mélodique hypnotique. La guitare de Radek Hajda apporte une pointe d'agressivité au morceau qui s'intensifie brusquement. Le groupe propose ensuite une plongée dans ce qu'on peut imaginer être une chanson populaire, ‘Za nevestou', mené par un choeur féminin sur lequel se greffe la guitare avec une saturation forte mais aussi et surtout le violon de Gabriela Povraznikova. ‘Tichy zpev', ‘Quiet Tune' en anglais, porte bien son nom bien qu'on sente une force obscure ramper derrière l'apparente douceur du titre. Encore une fois, Silent Stream Of Godless Elegy ne dévoile pas tout et son intérêt vient également de cette pudeur. La mélancolique ‘Bezbrezi, qui met en avant le violoncelle discret de Michal Sýkora ainsi que le violon est la conclusion de cet album.

« Smutnice » se démarque des autres albums de Folk par les éléments Doom que Silent Stream Of Godless Elegy y apporte et qui donnent l'impression d'assister au ballet fantôme d'un monde disparu, ramené à la vie par les chants spirituels de musiciens oubliés et dont il ne faut pas sous-estimer le pouvoir.