Contrive, c'est un genre à part entière. Les deux frères Haug, originaires d'Australie, sortent ici leur troisième album seulement en plus de dix ans de carrière. Toujours indéfinissable, mi-metalcore, mi-progressif, mais très loin d'un Periphery que l'on pourrait définir avec ces termes, le duo est même parfois insaisissable. Quelques compositions pourraient sembler décousues à la première écoute, si l'on n'arrive pas à s'inviter dans l'univers des frangins, qui est, il faut l'admettre bien particulier. Mais une fois lové dans cette moitié progressive du duo fraternel, on apprécie pleinement l'ensemble des délires qu'ils exposent dans ce « Slow Dissolve ».
La piste d'ouverture, « Connect-dead », porte bien son nom avec son cri d'agonie de plusieurs secondes en guise d'introduction. Comme toutes les chansons de cet album, on parcourt au fil de ces six minutes tout pile une foule d'ambiances et de styles musicaux différents, de quoi se perdre si l'on n'est pas bien installé dans son fauteuil Contrive. Il en va de même pour « What's Mine » par exemple, qui alterne arpèges doux et berçants et riffs efficaces et perçants. Côté vocal, on retrouve la même diversité, avec du saturé très typé hardcore, du chant clair qui, entre nous, manque un peu de maitrise, et parfois un autre type de saturation, plus metal, qui fait que l'on ne s'ennuie décidément jamais avec Contrive !
Si certains morceaux pourraient être déroutants du fait de leur manque de thème, ce n'est pas le cas de toutes les chansons de cet album. Ainsi, « Slow Dissolve », le titre éponyme affiche clairement la couleur, brutale à souhait, et clôture l'album en beauté, tandis que « The Immediate Age », redonne un peu de dynamique après un début d'album lancinant. Le très conceptuel « The Human Game », pourrait quant à lui bien être le plus hermétique des titres de l'album, avec une voix parlée qui pourrait presque rappeler « Exist » d'Avenged Sevenfold, en moins bien exécuté. Pour rattraper le coup, un gros riff Kreator-esque nous réveille, c'est « Throwaway » qui débarque au pas de charge, « You're pointless, you're useless » hurle le chanteur, avant de s'apaiser et de revenir au chant clair et au piano, mais pas pour longtemps ! Avec son riff accrocheur, et la basse de Tim Stahlmann groovy à souhait, c'est sans doute là un des titres les plus catchy de l'album.
Au bout de ces huit titres, qui rassurez-vous forment bien un album complet et pas un EP, étant donné la longueur de chacun, on aura voyagé dans tout l'univers Haug, ou l'on sera resté assis sans jamais décoller. Contrive, c'est une expérience, que l'on peut embrasser à bras le corps ou regarder de loin sans la comprendre. C'est un groupe qui aurait sa place dans la Warzone du Hellfest si ses morceaux étaient réduits des deux tiers, et seulement si ! Car bien que l'efficacité des riffs et du chant saturé soit bien présente, elle est ici diluée parmi les nappes d'ambiances et les passages atmosphériques.
Ce troisième opus des Australiens est donc à ne pas mettre entre toutes les mains, il cible un public averti, amoureux des mélodies autant que du blast à s'en déboulonner la tête. Mais si vous êtes parmi ceux-là, le charme opère !