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Shine

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

Robin Trower

Groove soul-funk, solos au long cours et titres plus brumeux : à 81 ans, Robin Trower signe un album vif et habité !
10 titres
Rock
Durée : 39 minutes
Sorti le 25/09/2026
16 vues
Combien de guitaristes de 81 ans peuvent se vanter d'aligner huit albums studio en une décennie ? Robin Trower, lui, ne semble même plus compter. Un peu plus d'un an après ''Come And Find Me'', paru en mai 2025 sous le signe d'une humeur contemplative, presque méditative, l'ancien de Procol Harum a traversé l'Atlantique pour une tournée américaine gravée sur ''One Moment In Time: Live In The USA'', avant de filer en studio sans reprendre son souffle. L'équipe reste inchangée : Richard Watts au chant, Chris Taggart derrière les fûts, et Trower qui cumule guitare, basse et production, entre le Studio 91 de Newbury et The Pines, la nouvelle adresse de l'ingénieur Sam Winfield.

Le titre donne le ton, et le principal intéressé l'assume : "Je voulais que cet album brille et qu'il ait du punch." Face à son prédécesseur, le propos se veut plus tonique, et les touches soul et funk qui affleurent ici et là réchauffent un blues rock resté fidèle à sa grammaire.

'The Missing Piece' ouvre le bal sur une nappe obsédante, portée par la frappe sèche de Taggart, pendant que les interventions de Trower semblent dialoguer avec chaque phrase de Watts plutôt que de lui voler la vedette. En moins de trois minutes, la recette est posée : un groove bluesy qui s'installe, un chant qui prend son temps, une guitare qui commente.

C'est du côté des morceaux bâtis sur un riff que ''Shine'' se montre le plus accrocheur. 'Live Your Time', premier extrait, repose sur un motif soul-funk que son auteur range parmi ses meilleures idées, et on le comprend : la chose ondule avec souplesse, et son message invite à relâcher la pression pour profiter de l'existence. Le refrain y paraît pourtant un peu bousculé, Watts donnant l'impression de courir après sa propre mélodie, même si ses improvisations vocales de fin de titre rattrapent l'affaire avec un bel aplomb.

'Driving On Through' creuse le même sillon en plus funky : un riff têtu autour duquel s'enroulent de brèves rafales de notes, jusqu'à un solo final au grain de silex (et quelques influences à la ZZ Top). Enregistrées à fort volume, l'ampli Marshall poussé dans ses retranchements, ces guitares ont une présence physique qu'on n'attend pas forcément d'un musicien entré dans sa neuvième décennie.Le versant plus aérien du disque réserve de beaux moments.

Le morceau-titre étire son groove avec élégance et déploie un solo en apesanteur, qui s'interrompt hélas au moment précis où on le voudrait interminable. 'Love By Any Other Name' surprend par un son plus maigre, presque carillonnant, qui fait monter la tension à coups d'accords plaqués avant de se libérer dans un solo ample et rêveur. 'Truth', enfin, offre la vraie respiration de l'album grâce à Jess Hayes : ce timbre féminin allège soudain la palette et rompt avec la voix de Watts, omniprésente ailleurs.

Reste la face la plus sombre, et sans doute la plus précieuse. 'Faith', morceau chargé de nuages, est peut-être celui où Watts se montre le plus convaincant, tandis que Trower y tient des notes lestées d'émotion comme lui seul sait le faire. 'Without You' durcit légèrement le groove pour épouser un texte hanté par la perte, avec une guitare saturée qui gémit plus qu'elle ne hurle. 'The Race' tient de l'horlogerie : une introduction à la wah-wah répétée en boucle, puis des lignes au son lisse qui lui donnent la réplique, même si un chant murmuré, trop peu articulé, en brouille un peu la lecture.

Et 'It's Not Time', plus de six minutes en guise d'épilogue, regarde vers les brumes des années ''Bridge Of Sighs'' en deux mouvements, un chant tout en retenue d'abord, puis des riffs endoloris qui referment le disque sur une note de vertige.

La production, assurée par Trower lui-même, garde un caractère organique que sa double casquette de guitariste et de bassiste aurait pu menacer. Il n'en est rien : l'ensemble respire, sans surcharge, et l'enchaînement des titres joue sur les variations de timbre plutôt que sur les ruptures de style. Chez ce musicien, le dosage du volume et du grain fait office de mise en scène, et c'est précisément ce qui distingue ''Shine'' d'un énième album de vétéran. On regrettera seulement quelques faiblesses de diction et un chant parfois pressé, sur un disque qui, avec ses 39 minutes, file sans temps mort.

Pas de révolution, donc, mais un artiste qui refuse le pilote automatique et continue d'affiner un langage qu'il a contribué à façonner il y a un demi-siècle. Plus lumineux et plus nerveux que ''Come And Find Me'', ''Shine'' n'échappe pas à quelques maladresses vocales ni à un morceau-titre coupé trop tôt, mais 'Faith', 'The Race' ou 'It's Not Time' rappellent qu'on reconnaît une note de Trower entre mille. À 81 ans, le Britannique signe un disque qui a tout sauf l'air d'un baroud d'honneur.