Les Italiens de Foreshadowing, groupe de Doom gothique fondé en 2005, nous sortent leur quatrième album.
Ces Romains officient dans la division occupée par quelques robustes groupes tels Draconian, Katatonia, Little Dead Bertha, Theatre of Tragedy, To Cast A Shadows et autres perles de ce sous-genre.
En dehors du changement de bassiste opéré après le premier album (arrivée de Francesco Giulianelli) et du changement de batteur opéré en 2013 (arrivée du remarquable Sicilien Guiseppe Orlando ayant déjà officié, entre autres groupes, au sein de Deinonychus) ; le reste du line-up a toujours été stable avec le chanteur fondateur Marco Benevento, les guitaristes Alessandro et Andréa et le claviériste, Francesco Sosto.
Que dire de leur carrière ?
Quelques mots me viennent à l’esprit : Régularité, légère évolution et soin mélodique.
Le premier album « Days of Nothing » sorti en 2007 ; faisant la part belle au Doom mélodique et nous faisait découvrir le remarquable timbre de voix de Marco, sorte de mix entre deux bons chanteurs : Dave Gahan de Depeche Mode et de Fernando Ribeiro, Moonspell. Si vous ne les connaissez pas, écoutez donc « Death is our Freedom » et « Eschaton », prodigieux morceaux.
3 ans plus tard, un très bel album montrait l’évolution du combo, « Oionos », toujours porteur de jolies mélodies et bien versé dans un Doom mélancolique. Ecoutez donc le type éponyme pour mesurer l’écart avec la musicalité de « Days of Nothing » !!! Ce morceau prend aux tripes.
En 2012, sortait le 3ème album « Second World » qui portait un double constat au sein de la presse spécialisée :
- Ceux qui trouvaient une très belle évolution avec une entrée dans la scène internationale ;
- Ceux qui saluaient la présence d’une qualité mais qui pouvaient trouver l’ensemble plat sur la longueur en raison d’une certaine monotonie liée à la constance du chant ainsi que dans la manière de composer.
Pour ma part, avec cette galette, je trouvais que le groupe atteignait une dimension similaire à celle de Katatonia. Moins de gothique, plus de profondeur dans leur Doom, flirtant avec la souffrance ambiante afférente à la médiocrité humaine.
L’on pouvait aussi ressentir une légère tendance de type Paradise Lost.
Que nous apporte ce nouvel opus ?
Autant être clair dès le départ, ce nouvel album est tout bonnement superbe car il développe davantage les recherches musicales, on sent plus de richesse dans le jeu de clavier, les guitares sont plus en harmonie pour un rendu plus dynamique, ce qui donne un Doom plus vitaminé, plus teinté de rock et d’atmosphérique.
« Ishtar », premier morceau de cette nouvelle offrande, présente la particularité d’être nantie de mélodie typiquement Italienne, donnant une impression de Folk Moyen-âgeux. Superbe entrée en la matière, et marque noble d’innovation.
« Fall of Heroes » s’enchaîne à merveille et nous montre une griffe plus puissante par rapport aux expériences passées. Marco apporte toujours ce beau chant reconnaissable entre 1000. J’entends plus de clavier, explorant d’autres dimensions plus lumineuses. C’est un peu comme observer le lever du soleil.
« Two Horizons » m’apparaît comme étant un titre splendide tant dans la variation du chant que dans son rendu musical, faisant penser à un My Dying Bride au mieux de sa carrière avec les spécificités Foreshadowniennes. Mais quel refrain !!! A écouter de toute urgence.
« New Babylon » est plus martial, plus lourd dans son climat pendant 1 minute 42, pour ensuite s’élancer vers la lumière, vous quittez la grotte du mythe Platonien de la caverne. Le jeu de batterie soutient le chant à merveille et les guitares sont symbiotiques. Le jeu de basse vient plafonner l’ensemble sous un angle aérien. Ecoutez ce refrain quasi religieux à 5’31’’, c’est époustouflant !!!
« Lost Soldier » démarre sur une musique plus calme, le ton de l’hommage est pris et en toute humilité, c’est empli de sincérité.
« 17 » vous sortira de la torpeur apportée par la piste précédente, reprenant peps, engagement plus rythmé. Le morceau est convenable et plaisant.
« Until We Fail », second moreau de haute profondeur introspective à tempo plus modéré. Vous pouvez retrouver des notes dignes d’Alcest. Monstrueux morceau très prenant qui nous plonge dans une forme admirative face aux riffs transcendants.
« Martyrdom » revient dans une mouvance plus épique, plus dynamique. Le clavier prend bien sa place sur des riffs plus typés Paradise Lost genre « True Belief ». Mais le groupe garde sa propre singularité. Est-ce leur faute si les Anglais occupaient la scène bien avant ? Le final du morceau vous surprendra avec un chœur d’enfants. Très agréable à l’écoute et touchant, au demeurant.
Le dernier morceau « Nimrod », long de 14 minutes vous plongera dans un questionnement de sens.
Est-ce une ode aux superbes ruines Assyriennes détruites hélas par les sombres I.S.I.S. ?
Est-ce plutôt un hommage à un personnage biblique clé ayant participé à la reconstruction de la société suite au déluge ?
Bref, je ressens même parfois un jeu guitaristique à la Septic Flesh.
Il est évident que ce morceau relève du monde du spirituel, sorte d’élan à l’élévation, qui avec brio, se démarque solidement du registre habituel du groupe mais sans s’écarter des fondamentaux du Doom.
Ce titre est une véritable perle. Mais quelle mélodie envoutante, du pur bonheur !!!
En conclusion, ce quatrième album des Italiens nous emmène dans un registre très nuancé dans le Doom mélancolique pour franchir allègrement des dimensions plus atmosphériques et quintescentes. Oserai-je dire qu’il est porteur d’espoir ?
Il est bien plus construit et recherché : Une petite touche de Folk n’échappera pas aux oreilles averties.
Il ne fait aucun doute à mon esprit que nos Romains ont pondu ici leur acmé, leur album de la maturité.
Il ne pourra que ravir les amateurs d’un beau Doom, plus soutenu, plus franc que les registres classiques du genre. Ils ont osé, ils ont gagné. Cet album est une très belle œuvre à découvrir au plus vite si ce n’est déjà fait.
Peuvent-ils encore progresser ?
S’ils le font, ce sera alors pour un album à glisser directement au Panthéon.
Ce « Seven Heads Ten Horns » en est aux portes.