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Salt

Enora
Journaliste

Khôrada

« Salt », un album qui témoigne autant d'un univers unique que d'une envie folle de créer malgré un manque de chanson réellement marquante
7 titres
Atmospheric Metal
Durée : 55
Sorti le 20/07/2018
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Khôrada est un groupe d'Atmospheric Metal formé en 2016 par des membres d'Agalloch (Dark / Folk / Progressive Metal) et de Giant Squid (Post-Progressive Metal) et qui regroupe donc Aaron John Gregory, Aesop Dekker, Don Anderson et Jason Walton. Découvrons donc ce qu'a donné cette rencontre avec « Salt ».

Les premières notes d'« Edeste » retentissent et on comprend instantanément que Khôrada compte nous emporter avec lui dans un univers sombre, mélancolique et planant. Les instruments semblent tous s'allier pour créer un bourdonnement alors que le chant clair nous berce, mais par moments, la batterie semble brusquement être prise de soubresauts. Basse et guitares se rejoignent finalement pour un riff dans les graves. En sept minutes, cette première chanson a le temps de marquer les esprits par sa richesse mélodique. La lourdissime « Seasons Of Salt » prend le relais, dans une tonalité bien plus angoissante. La voix oscille entre chant, murmures et hurlements alors que la guitare donne libre cours à la création la plus maléfique possible, s'appuyant sur une batterie aux accents Black Metal. Certains d'entre vous y retrouveront sans peine des éléments de l'univers de groupes comme Primordial, en particulier dans l'intensité de la performance vocale.

L'ouverture de « Water Rights » baigne dans le mystère puisqu'après des sons étranges que l'on distingue à peine, une rythmique se met en place, bientôt accompagnée de la voix, plus parlée que chantée, et accompagnée de choeurs. Si Khôrada conserve une atmosphère noire, on se rapproche de certains groupes de Black Folk qui n'hésitent pas à créer des compositions invitant à la transe. Le changement d'atmosphère est surprenant avec la très douce « Glacial Cold » tant la mélodie semble se promener à la croisée de divers genres musicaux que rien ne rapprochent en apparence mais qui, combinés par le groupe, se révèlent indispensable les uns aux autres. Les effets de superpositions de voix et les jeux mélodiques parfois orientalisants apportent un vrai plus à la chanson. Des forces enfouies sous terre depuis des milliers d'années semblent être rappelées à la vie par les prières du chanteur dans les passages les plus tendus du morceau. « Augustus » est une délicate création majoritairement vocale de presque deux minutes que je vous conseille vivement de découvrir.

Les premières secondes de « Wave State » nous saisissent par la détresse et la force qu'on ressent dans le chant, décidément très incarné et engagé, en contraste avec une ligne musicale en retrait dans un premier temps mais qui ne tarde néanmoins pas à répondre à la voix. La guitare semble tantôt s'engager dans le sillage de la batterie, tantôt tracer son propre chemin à force d'envolées mélodieuses mais parfois trop discrètes. Une accalmie à la rythmique valsée permet de respirer et de reprendre ses esprits. Avec deux morceaux de plus de dix minutes, Khôrada ne presse pas la fin de cet album et prend au contraire le temps de faire durer le plaisir en proposant des compositions encore plus complexes et abouties. La douceur d'« Ossify » peut avoir de quoi surprendre, tout comme ses influences plus Pop-Rock, presque édulcorée par moments et finalement assez loin du reste de l'album, mais qui se plaindrait de voir un groupe prendre des risques en finissant sur une touche plus originale ?

Il n'y a pas à dire, même en étant classé parmi les groupes d'Atmospheric Metal (une catégorie finalement très large), Khôrada a de quoi surprendre et sait s'imposer par des morceaux très construits et évolutifs qui surprennent à coup sûr, bien qu'on puisse regretter l'absence de chanson réellement transcendante. « Salt » témoigne autant d'un univers unique que d'une envie folle de créer et de renouveler !