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Saatto

Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

Mustan Kuun Lapset

Avec Saatto, les Finlandais nous apportent la preuve que l'abnégation finit toujours par porter ses fruits surtout lorsqu'elle permet de se forger une véritable identité, typée Dark Blackened Folk.
9 titres
Black Metal (early), Dark Metal (later)
Durée : 48
Sorti le 27/01/2017
10155 vues
Le monde du Dark Blackened peut se réjouir et ma foi, il y a de quoi, « Les enfants de la lune noire » nous reviennent avec un cinquième album.
Nous savions que la Finlande possédait quelques perles en matière de Métal extrême et Mustan Kuun Lapset, malgré une histoire bien agitée, n'échappe pas à la règle. Le combo a su nous toucher musicalement à travers de très agréables productions antérieures.

Brossons brièvement quelques jalons de leur ardue carrière en 4 temps :

Premièrement, L'époque « Jurassique » comme ils le disent eux-mêmes, partant de débuts sous le nom de Häiriö (Interférence) de 1993 jusque fin 1995, enregistrant quelques bandes qui ne seront jamais publiées. De cette fondation, ne restent à l'heure actuelle que Pete, chanteur, synthé et guitare ainsi que Mikko à la batterie. En 1996, ce sera le nouveau baptême nominal, s'identifiant comme « Les enfants de la lune noire ». Les démos sortent, montrant les prémisses d'un Black Dark assez typé.
Les premiers albums « Suruntuoja » (2002) et « Kauniinhauta » (2003) montrent la présence d'une qualité musicale assez mélodique mais sans forcément attirer toute l'attention de la presse spécialisée. Un autre membre de l'époque se lasse, s'en va et l'aventure s'arrête pour la première fois ;

Deuxièmement, place aux années du Moyen-âgeuses de 2004 à 2007, qui suite à l'arrivée d'un nouveau bassiste permettront la naissance d'un 3ème album en 2005, « Talvenranta » résolument orienté vers une forme avant-gardiste assez mélodieuse.
Le groupe sent la motivation s'affaiblir et se dit qu'il se mettrait en sommeil dès son prochain album qui allait ainsi sonner la fin en 2007.
Justement, ce 4ème opus, « Viimeinen laulu kuolemasta » était tout simplement, à mes oreilles, la meilleure oeuvre du groupe, comprenant quelques racines typées Folk. Mais voilà, une promesse est une promesse et « Les enfants de la lune noire » s'en allaient tirer leur révérence ;

Troisièmement, de 2010 à 2014, des signes de vie ressurgissent à travers quelques concerts et surtout, je retiendrai l'arrivée de Heiki Piipari, excellent lead guitariste ;

Quatrièmement, place à l'époque du « nouvel espoir » à partir de 2015 avec l'arrivée du bassiste et chanteur, Ville Pelkonen.
Le groupe sentant la passion créatrice renaitre, se met à rêver d'un nouvel album et histoire de nous faire patienter, sort un EP 4 titres en juin 2016,
« Kuolemanvirta » ou, si vous préférez, « La puissance de la mort ». Notons que cet EP laissait présager de bons augures au vu de sa qualité, surtout avec ce titre éponyme, sonnant plus Folk, plus Borknagar.

Et nous voici en l'an de grâce 2017, découvrant ce nouvel album, concrétisant les espoirs des membres fondateurs.

Deux questions se posent…
Primo, quid de la qualité de la galette ?
Secundo, le groupe pourra-t-il survivre après la sortie de cet opus ?

Entrons dans le vif du sujet...
Quelques écoutes attentives suffisent à apprécier un très beau travail sur « Saatto », à traduire en vieux langage Finnois poétique « Procession ».
Nous voilà donc avec une idée de rituel sacré, impliquant un défilé par des membres, dans la plus grande solennité.
C'est dire le bonheur de nos Finnois de vous livrer cet album.

Nous démarrons sur une introduction instrumentale de toute beauté « Ja toinen y t rakastaa », mettant en avant un jeu de clavier assez inspiré, à la fois sombre et lumineux, en parfaite fusion comme une seule et même pièce qui parle d'amour « en second ».

S'ensuit « Peikonmieli », véritable ode Dark folk à la mémoire de l'esprit du troll. Nous retrouvons la griffe mélodique de Musta Kuun Lapset, prenant une certaine envergure en raison d'un line-up qui me semble un fifrelin plus unifié dans l'ambiance. Il y a là une forme de cohérence. Eureka !!!

Sur la 3ème piste, je retrouve le très agréable « Kuolemanvirta » qui garde bien ses relents Blackened, flirtant avec le Viking Metal. Et ce, pour notre plus grand plaisir. Le jeu de basse de Ville est agréable tant il apporte un véritable soutien dans l'atmosphère générale.
Le chant, bien que growlé en aigu, est bien pausé (de Pausing)

Sur la 4ème plage, je suis scotché par la beauté musicale dégagée par ce génial « Amor vincit omnia » qui est en parfaite osmose avec le concept défendu par les artistes. Le jeu de synthé est magistral et porté par des guitares bien épiques.
C'est énergique et prenant. Le chant me rappelle le super déjanté Kenny des somptueux « …And Oceans », originaires de Finlande aussi, tiens !
Cette perle musicale est un excellent plaidoyer pour évoquer l'amour victorieux (de toute chose).

« Cilice » prend le relais, à la guitare sèche, oui, ils ont déjà montré de belles choses dans ce style par le passé mais voilà que le morceau s'envole véritablement dans ce nouvel espace mélodique bien habité et occupé habilement par chaque musicien. Le morceau suit bien l'axe pris par les pistes antérieures, gardant une sorte de fil conducteur, même si cette référence à un appareil de torture physique lié au religieux douteux, me semble bien nébuleuse.

La 6ème piste, « Sudenilma » va vous surprendre dans son riffing haché, ressemblant à une sorte de Heavy Thrash qui se mélodise vite dans la pure tradition d'un Hypocrisy. Cela étant dit, c'est correct mais je ne suis pas transcendé sur cette création.

S'ensuivent deux titres qui risquent fortement de vous accrocher.
« Valkoinen satama – Haaksi » ou le « Port Blanc – Bateau » qui vous emmène dans une douce promenade, certes rythmée mais intéressante dans son orientation assez Death malgré une batterie bien Blackened, cette fois. La rythmique est prenante et nous sentons que le groupe a trouvé sa vitesse de navigation dans cette entité qu'ils parviennent à dégager.

« Valkoinen satama – Tyven » ou « le Port blanc – calme », dont le titre n'est pas usurpé car je me retrouve totalement séduit et béat sur le chant d'une femme, Sara Strömmer qui par son timbre de voix enchante littéralement l'auditeur sur un morceau acoustique de très haute esthétique. Fabuleux !

C'est au titre éponyme qu'il revient la délicate tâche de clôturer cet album qui montre de très bonnes choses dans son ensemble.
Nous démarrons justement sur un jeu de synthé féérique et langoureux nous propulsant plus d'1 minute dans une atmosphère sublime.
Nous rebondissons dans une architecture épique et engagée qui garde des facettes mélodiques sur les ailes.
Place au chant clair de pur style Dark Folk qui va véritablement se transcender au gré de l'avancée temporelle pour se fondre dans un jeu de guitares plus agressif. L'ensemble gagne en hauteur pour montrer des soli raffinés jusqu'au final apothéotique.

Clairement, Mustan Kuun Lapset se montre avec un super line-up, apportant une âme, de la conviction.
Ce nouvel opus est travaillé et soigné. Le groupe a gagné non pas en maturité mais en conviction et peut prétendre gagner en crédibilité sur la scène internationale.

Quant à maintenir sa longévité, il faudrait être désabusé totalement pour raccrocher lorsque nous constatons que le groupe est monté de deux crans.

En conclusion, avec Saatto, les Finlandais nous apportent la preuve que l'abnégation finit toujours par porter ses fruits surtout lorsqu'elle permet de se forger une véritable identité, typé Dark Blackened Folk.

Morbid Domi – 24 Janvier 2017

P.S. : Faute d'un morceau officiel à vous faire découvrir, je ne résiste pas à vous faire une petite piqûre de rappel avec le très agréable « Kuolemanvirta » que vous retrouverez sur Saatto.