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Rock Stoner

Rise from the Ashes
Aldo
Journaliste

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«Ha, qu'elle est belle, la Normandie : ses pâturages, ses prairies, ses rockeurs...!»

10 titres
Rock Stoner
Durée: 43 mn
Sortie le 10/09/2021
1069 vues

Bon an, mal an, HEADCHARGER, continue son petit bonhomme de chemin malgré les embûches. Après des débuts plutôt hardcore, sous le patronyme de DOGGY STYLE (Tiens, y’a des fans de Marc DORCEL qui se sont senti concernés, au fond (sic)…), les rockers originaires de Caen décident au passage de siècle de mâtiner leur tambouille d’une louche de metalcore, en adoptant leur identité actuelle. La reconnaissance pointe le bout de son nez avec un troisième album, marqué par une nouvelle (et globalement plus pérenne) orientation plus franchement Stoner. Un passage au HELLFEST 2011, et des tournées en première partie de groupes établis (dont un certain GOJIRA…souvenir ému d’un concert auquel votre serviteur assista en 2012 au Splendid de Lille) finissent d’installer un buzz convenable au sujet de notre quintette élevé au camembert.

Le parcours des gaziers est marqué par un turnover certain au niveau du personnel, dont le noyau dur est constitué depuis leurs débuts du vocaliste Sébastien Pierre, du bassiste Romain Neveu et du guitariste David Rocha. L’autre guitariste, Anthony Josse, qui assura également un temps la fonction d’ingénieur du son, n’est plus de l’aventure pour l’album qui nous intéresse ici, et laisse sa place à David Vallée. Surtout, le poste de batteur a connu pas moins de cinq titulaires (dont un certain Morgan Berthet, qui loua par la suite ses services auprès des tunisiens de MYRATH, et plus récemment des excellents KLONE), et c’est aujourd’hui Antoine Cadot qui prend les baguettes et le tabouret à la suite de Rudy Lecoq.

Le décor étant planté, parlons un peu de ce « Rise from the Ashes » qui vient de sortir. Le moins que l’on puisse dire est que cet album porte bien son nom. En effet –le chanteur s’en étant ouvert notamment dans les pages de nos vénérés confrères de ROCK HARD – sa réalisation suit une grosse période de doutes, générée par une routine disque-tournée qui avait fini par épuiser les ressources créatrices du combo. Ajoutez à cela le passage de la quarantaine, dans tous les sens du terme (celle de la pandémie, mais aussi celle de l’âge) et l’on comprend un peu mieux l’état d’esprit qui a prévalu pour l’écriture de cet opus.

Ce qui frappe lors des premières écoutes, c’est l’atmosphère générale de l’album. Les compositions, aux riffs vicieux (globalement gras et rock, mais utilisant volontiers des intervalles pas courants, disons…grungy) et des patterns rythmiques parfois déstabilisants (« Death Sound »), souvent dansants (peu de mid-tempo, aucune vraie « ballade ») évoquent irrésistiblement un Alice in Chains sous speed ! Pas évident de pousser à secouer la tête tout en suggérant une mélancolie en filigrane. …On est bien loin du purement festif « All Night Long » (issu de « Slow Motion Disease ») ou du contemplatif (et très beau) « Something someone » (extrait de « The end starts here »). En même temps, la diversité des climats au sein même des chansons permet aux normands de résoudre ce qui s’apparenterait à une quadrature du cercle, musicale celle-là. On se surprendrait volontiers à alterner écoute tranquille sous une couette et headbanging sauvage au fil des chansons.

On soulignera le remarquable travail assuré par Sébastien Pierre et David Vallée sur les harmonies vocales. Les sons de guitare sont riches, gras et dynamiques. Pas de saturax à donf, ce n’est pas l’esprit : on préfère ici chercher la chaleur d’un overdrive plus (voire beaucoup plus) léger qui apporte du corps et de la dynamique, et la complémentarité des deux six-cordes.

Le son de basse, généreux et parfaitement défini dans le mix, met en valeur le jeu volontaire de Romain Neveu. Quant à la batterie, elle finit d’asseoir une sonorité globale organique et boisée (si tant est qu’un son puisse être qualifié de boisé, hein…comprenne qui pourra !). Quelques touches de claviers vintages très discrètes viennent apporter le « petit quelque chose en plus » qui achève la recette.

On peut juste être amené à regretter un tantinet l’absence d’un morceau plus calme, du tonneau dont ils sortent des chef-d’œuvre tels que leur reprise brillante du « Children of the Grave », car les gaziers excellent dans cet exercice (« Something, someone », encore…). Mais rassurons la cantonade : l’album ne pâtit aucunement de ce manque, et suscite sans difficulté l’enthousiasme. Il marque d’entrée de jeu des points et fait frétiller les conduits auditifs avec bonheur. On enchaîne les écoutes avec bonheur et sans lassitude aucune.

Nan mais qu’est-ce que tu fous encore planté là ? T’es pas encore parti te le procurer ? Tu veux qu’on s’fâche ou bien ?