Nouvelle section rythmique, recette inchangée : Crystal Ball démarre sans se presser, puis durcit franchement le ton pour signer une seconde moitié d'album bien plus convaincante que la première.
Que reste-t-il d'un groupe quand sa salle des machines se vide d'un coup ? Crystal Ball s'est posé la question en 2025 : des problèmes de santé ont contraint le batteur et membre fondateur Marcel Sardella à raccrocher, et le bassiste Cris Stone est parti pour se consacrer à d'autres projets.
Près de cinq ans après ''Crysteria'', entré dans le top 10 suisse en 2022, Steven Mageney, Scott Leach et Peter Berger accueillent Mike "Mr. Killjoy" Fahrni derrière les fûts et Chris Lauper à la basse. Le titre de l'album ne laisse guère de place au doute, et le chanteur y voit un double sens : "un nouveau départ pour le groupe, mais aussi une remise à zéro personnelle, dans un couple ou dans la vie".
La remise à zéro, pourtant, concerne davantage les visages que la musique. Le morceau-titre en donne d'emblée le ton : un tempo mesuré mais martelé, un dialogue entre le chant et les guitares rehaussées de claviers, un refrain qui se retient à la première écoute. C'est du Crystal Ball classique, carré et efficace, qui ne cherche pas à surprendre. 'Fire in Your Heels' passe la vitesse supérieure avec un mordant bienvenu, au point qu'on se demande pourquoi il n'ouvre pas le disque. Même s'il ressemble un peu trop à ce que le groupe a déjà fait, il réveille l'auditeur.
'I Wanna Know' propose une mélodie agréable, dans la droite lignée de ce que Gotthard ou Shakra font depuis des années, un titre parfaitement taillé pour le live. 'Good to the Bone' est un mid-tempo absolument jouissif avec un couplet mélodique et un refrain qui nous rappelle Magnum.
Le duo 'Revolving Door' et 'Back to Square One' mise sur le groove. Le premier appuie davantage sur les guitares, avec un petit parfum de MSG dans la façon de pousser le riff ; le second, plus enlevé, fait battre la mesure du pied sans qu'on s'en rende compte. Sur un album baptisé ''Reset'', l'intitulé de ce dernier ne manque d'ailleurs pas d'ironie.
Le riff de 'Just Because You Are' y est franchement métallique, le tempo serré, et Scott Leach rappelle qu'il reste l'un des riffeurs les plus fiables de la scène suisse. 'More Is Yet to Come' enchaîne avec une instrumentation heavy et des accroches mélodiques parmi les plus réussies du lot. Vers la fin, 'Virtual Violence' s'aventure vers des terres plus sombres, avec un riff lourd et rampant qui doit beaucoup au Black Sabbath de l'ère Dio. 'Rotten to the Core' referme l'ensemble sur une rythmique qui piétine le sol avec entrain, et c'est peut-être là que Mageney livre sa prestation la plus habitée.
Côté interprètes, le timbre légèrement éraillé de Mageney donne à ces compositions la rugosité qui les empêche de tourner au hard FM trop lisse. La nouvelle section rythmique, elle, fait le travail avec sérieux : la basse de Lauper pose une assise solide, Fahrni tient la cadence sans chercher la lumière, et on ne sent aucune rupture avec l'ère précédente. La production est puissante et nette, laisse les guitares au premier plan et donne à l'ensemble une densité appréciable.
Au bout du compte, ''Reset'' est surtout un album qui rassure. Crystal Ball prouve que le départ de deux piliers ne l'a pas fait vaciller, et sa seconde moitié, nerveuse et plus sombre, compte parmi ce qu'il a enregistré de plus solide ces dernières années. Les amateurs de hard rock mélodique à la suisse ne seront pas déçus.