Courant 2011, malgré des emplois du temps de ministres, Greg Puciato (vocaliste de The Dillinger Escape Plan), Max Cavalera (hurleur-gratteux de Soulfly, ex-Sepultura), Troy Sanders (bassiste-chanteur de Mastodon) et Dave Elitch (cogneur de The Mars Volta) décidaient de s’associer pour un projet collaboratif. Baptisée Killer Be Killed, cette formation accouchait trois piges plus tard d’un premier méfait homonyme. Dixit Sanders « C’était trop bon pour tout laisser tomber après un seul album et une courte tournée ». Tu m’étonnes. Nos larrons sont donc restés en contact étroit et ont continué discrètement à faire de la zique ensemble ces dernières années quand ils avaient des petits moments de libre.
En cette fin de 2020, voici donc « Reluctant Heros », le second missile du gang américano-brésilien. Engagé avec son autre combo Antemasque, Elitch laisse sa place derrière les futs à Ben Koller (Converge, All Pigs Must Die, Mutoid Man). A l’instar du précédent effort, les styles et les différentes influences artistiques de notre supergroupe se mêlent et se télescopent avec fureur. N’allez pas croire pour autant que nos gaziers cherchent à imiter-pomper sans vergogne leurs formations références. Les adeptes des grosses rythmiques thrashisantes (merci les riffs en béton armé), des changements de rythmes, d’accents keupons ('Filthy Vagabond') ou hardcore (le brutal 'Animus'), vont jubiler. Les pattes (on peut même dire les grosses paluches) des sieurs Cavalera-Sanders-Puciato se retrouvent sur une grande partie des titres. La production commise – à nouveau - par Josh Wilbur (Lamb Of God, Gojira, Megadeth) est juste maousse costaude. Moderne, elle se révèle idéale pour mettre en avant les débordantes énergies des quatre virils camarades. C’est furieux, brut, rugueux, direct dans nos gueules.
Au milieu de ce maelstrom, on trouve aussi des errances vers le progressif ('From A Crowded Wound'), un rien de heavy metal old school ('Left Of Center'), et même des surprenantes variations atmosphériques tempérant le déluge de décibels (le rentre-dedans 'Dead Limbs'). Bien que récemment arrivé, Koller est très à son aise. Avec sa frappe fracassante, l’étasunien démontre puissance mais aussi technicité (écoutez les plans de batterie de 'The Great Purge' et les roulements de 'Inner Calm From Outer Storms' pour en être convaincus).
Une fois encore, les vocaux sont assurer par les trois chanteurs. Le dosage malin entre les élans mélodiques déjantés de Troy ('Dream Gone Bad'), les murmures (la piste éponyme) ou déclamations éructées de Greg, les hurlements et beuglements de Max, et les chœurs burnés scandés avec virulence, apporte beaucoup de diversités et de complémentarité ('Deconstructing Self-Destruction'). Toutes ces irruptions, alternances, décalages sont globalement bien vus et bien amenés. Les interventions de Sanders et Puciato sont les plus accrocheuses et modulées. Si Cavalera semble parfois un peu en retrait, quand il déboule par contre, l’homme aux dreadlocks se fait purement sauvage ('Comfort From Nothing'). Enragé, notre Bob Marley du metal n’a jamais vraiment versé dans la subtilité. N’approchez pas trop près, les bourres pifs volent hauts.
Il est probable que sur le premier sk(e)ud, Killer Be Killed se cherchait un peu. Avec ce « Reluctant Hero », les quatre guerriers du metal font preuve d’une réelle connivence et d’une efficacité musicale dans ce projet qui va au-delà d’un simple « one-shot » ou d’un défouloir-exutoire. On est impatient de voir ce que donnera leur troisième et future collaboration commune.