"Regenesis" est un album dans la lignée directe de l'excellent "As Was" (2017) : Black Anvil y démontre sa très grande maîtrise musicale ainsi que sa capacité à créer une dimension narrative riche au sein de ses compositions !
Formé en 2007 à New York, Black Anvil a débuté comme le projet Black/Thrash des membres du groupe de Hardcore Kill Your Idols. Un premier album, "Time Insults the Mind" sort en 2008, suivi deux ans plus tard par "Triumvirate". Il faut ensuite attendre quatre ans pour que le groupe dévoile "Hail Death" puis, en 2017, "As Was". Après avoir longuement fait patienter leurs fans, les voici de retour avec "Regenesis" !
Après l'introduction 'The Gates Of Brass' qui permet de prendre une grande respiration avant de se plonger à corps perdu dans ce "Regenesis" arrive 'In Two'. On renoue avec bonheur avec le Black/Thrash du groupe et avec le scream de P. Le riff de guitare tout comme les chœurs en chant clair apportent une touche mélodique maîtrisée avant que les ténèbres de 'The Bet' ne se referment sur nous. Ce morceau donne plus franchement dans la débauche et R nous propose un jeu de batterie infernal. Le titre '8-bit Terror' cache en fait une composition hypnotique qui s'appuie sur une accumulation d'éléments musicaux et de voix sur une ligne rythmique entêtante, une caractéristique des compositions de Black Anvil qu'on retrouvait déjà sur "As Was" (2017, Relapse Records). Dans le même esprit mais avec des passages plus minimalistes, voici '29' qui fait la part belle à la basse de P. Le mixage, signé Tore Stjerna, est de qualité et permet de profiter de chaque touche musical, tout comme sur l'album précédent du groupe dont il s'était également occupé.
Avec 'Silver & Steele', Black Anvil nous prend totalement par surprise grâce à un morceau apaisé et cependant incroyablement puissant ! Le "Let me rest, let me breathe!" que l'on entend à plusieurs reprises incarne parfaitement l'atmosphère du titre, entre étouffement et envol quasi-mystique ! L'équilibre est trouvé grâce à une composition vocale complexe, une guitare délicate et discrète jusqu'au solo, et un duo rythmique profondément ancré dans le sol. La mélancolie qui se ressent à l'écoute de 'Castrum Doloris' témoigne bien de l'intelligence du groupe dans le choix des thématiques traitées puisque ce terme latin, qui signifie "château de douleur", désigne les décorations qui accompagnent le catafalque d'un défunt appartenant à la haute société (cierges, fleurs, baldaquin, armoiries, etc.). Cette atmosphère de deuil et de solennité se traduit avec élégance en musique. Ces étonnantes découvertes que constituent 'Silver & Steele' et 'Castrum Doloris' offrent une bouffée d'air bienvenue avant de poursuivre notre exploration des tréfonds de l'âme de Black Anvil qui revient à du Black plus traditionnel avec 'Echoes & Tapestry'.
Tout comme 'The Gates Of Brass' posait un contexte, 'VV' illustre une transition, entre musique naturelle et musique humaine, vers un autre univers que le groupe va nous faire découvrir sur les trois dernières chansons de cet opus. Pour 'NYC Nightmares', Danny "Ezec" Diablo vient poser sa voix plus sèche que celle de P sur les notes de Black Anvil qui nous impose une lenteur qui sied à merveille à ce morceau presque cinématographique tant il est évocateur d'images. 'Grant Us His Love' est un bon mélange de passages effrénés et de moments qui fantomatiques où les voix des musiciens semblent se transformer en oiseaux de proie qui planent au-dessus de nous, ombres effrayantes qui se devinent à peine. Le morceau éponyme, qui est aussi la conclusion de cet album, n'est pas loin d'égaler les morceaux les plus surprenants évoqués plus haut tant le groupe sort de sa zone de confort avec audace et sincérité. Encore une fois à l'unisson, la guitare et les voix se font parfois douces et mélodieuses, et parfois menaçantes comme des sorciers réalisant un rituel.
Si "Regenesis" est une cérémonie mystique, elle est de celles à laquelle on souhaite participer encore et encore ! Dans la lignée directe de l'excellent "As Was", Black Anvil démontre une nouvelle fois sa très grande maîtrise du Black/Thrash et de son univers propre en y ajoutant une dimension narrative d'une surprenante richesse. La progression est logique et bien structurée, chaque morceau est pensé autour d'une idée centrale puissante qui trouve son expression juste en musique, et les musiciens font preuve d'une grande émotion qui transparaît dans l'ensemble de l'œuvre qu'ils nous présentent !