Trente-trois minutes de riffs serrés, de refrains qui accrochent et de détours inattendus : April Art signe un disque nerveux, porté par une Lisa-Marie Watz impressionnante.
Sur la pochette, Lisa-Marie Watz a les mains contre le visage, et un large coup de pinceau rouge vient barrer ce que ses doigts laissaient encore voir. L'image dit assez bien de quoi parle ce disque : de carapace, de critiques qu'on laisse glisser, de colère qu'on transforme en carburant. ''Red'' succède à ''Rodeo'', déjà paru chez Reaper Entertainment, onze titres pensés pour la scène, dans un registre de rock moderne sans détour. Depuis, le quatuor de Giessen a beaucoup tourné et commence à regarder au-delà de l'Atlantique : 'Panic Stations' et 'Big Bubble Bullshit' ont servi de cartes de visite aux radios nord-américaines avant même la sortie de l'album.
C'est par son versant le plus frontal que ''Red'' s'impose d'abord. 'Bulletproof' ouvre le bal en terrain miné : un riff massif, des cris qui surgissent sans prévenir, un refrain construit pour être repris en salle et un breakdown bien lourd. Le texte, qui parle de laisser les critiques ricocher plutôt que de les encaisser, donne le ton de tout le disque. 'Panic Stations' accélère encore et joue sur les contrastes, avec un chant qui se laisse volontairement déborder pour traduire ce sentiment que tout part en vrille. 'Big Bubble Bullshit' est le titre le plus rugueux : des guitares crasseuses, quelques touches électroniques et une voix qui crache plus qu'elle ne chante. Le genre de chanson qu'on oublie mal, avec une vraie charge contre le mépris d'autrui sous ses dehors de défouloir.
La bonne surprise vient pourtant d'ailleurs, quand April Art sort du schéma couplet-refrain-breakdown. 'Good Guy' prend un virage syncopé, avec un groove fait pour danser et un sarcasme qui fait mouche : c'est l'un des sommets du disque, et l'un des moments où le groupe semble le plus libre. 'Silent War' prend le chemin inverse, plus sombre, avec des percussions martelées, des grosses et lourdes guitares accordées très bas, une couleur industrielle et des passages parlés qui installent un vrai malaise.
Quant à 'Karma Is A Bitch', déjà publié en 2025 et réenregistré ici, il conclut l'album avec des changements de rythme et un refrain qu'on n'a aucune peine à retenir. On comprend pourquoi le groupe a tenu à lui offrir une seconde vie.
Reste le versant mélodique, qui révèle surtout la chanteuse. 'Fall Into Pieces' est probablement le titre le plus immédiat du lot, avec une mélodie qui reste en tête dès la première écoute et un chant qui passe sans transition de la retenue à la rage. 'Unbreakable' ralentit le pas et vise les grands espaces, avec des notes tenues longtemps qui ne laissent aucun doute sur la puissance de Lisa-Marie Watz.
'Hungry For Life' est plus étonnant : il s'ouvre sur une atmosphère aérée aux accents R&B avant qu'un riff costaud ne vienne tout emporter au refrain. 'Blink Of An Eye', enfin, joue la carte de la ballade rock mélancolique et laisse la voix glisser de l'intime vers des aigus éclatants (et un côté Linkin Park) !
C'est d'ailleurs elle qui fait la différence. Grain rugueux ou timbre clair, cri ou confidence, Lisa-Marie Watz change de registre avec une aisance qui donne à l'ensemble une identité qu'on reconnaît tout de suite, là où tant de groupes de rock moderne finissent par se ressembler. La production, dense et sans graisse, va dans le même sens : tout est réglé pour l'efficacité, et pas un morceau ne dépasse vraiment les trois minutes et demie.
C'est la force du disque. À peine plus d'une demi-heure, dix titres qui vont droit au but : on n'a jamais le temps de s'ennuyer. Sur les titres les plus attendus, la recette rappelle avec efficacité le rock calibré pour la radio. Par rapport à ''Rodeo'', la palette s'est clairement élargie, sans que la colonne vertébrale change.
On ressort donc de ''Red'' avec l'envie d'y retourner, ce qui n'est pas rien pour un disque aussi court. April Art n'a pas réinventé sa formule ; il l'a resserrée, colorée de détours inattendus, et confiée à une chanteuse qui pourrait tenir n'importe quelle scène. Les fondations sont là, solides et bien rouges.