Pendant de très nombreuses années, quand on était membre de Metallica, interdiction formelle de sortir du matériel en dehors du combo. A l’époque, les maitres à penser Lars Ulrich et (surtout) James Hetfield ne souhaitaient pas que les autres musicos se « dispersent » et ne soient donc pas/plus assez concentrés et impliqués pour le bien du groupe. Cette imposition avait (entre autres) causé le départ en 2001 du pourtant dévoué bassiste Jason Newsted (qui voulait développer son projet d’alors Echobrain).
Quoi qu’il en soit, l’eau à couler sous les ponts et les choses ont évoluées. Présentement, c’est donc Kirk Hammett, le six-cordiste soliste des Four Horsemen, qui se lance en solitaire avec un E.P baptisé « Portals ». Ce format court étant édité sur Blackened Recordings (le propre label de …) et achetable via le Met Store, on voit bien que les « règles d’hier » semblent bien avoir été quelque peu assouplies (la thérapie « Some Kind of Monster » à probablement ouvert des brèches).
Cela étant dit, la genèse du sujet qui nous intéresse ici remonte à 2017. A l’époque, dans le cadre de « It's Alive! » (Exhibition de pièces issues de sa collection perso sur le cinéma d’horreur), le guitariste avait souhaité créer « une sorte de bande sonore » pour accompagner les visiteurs durant l’expo (devenu ici la compo 'Maiden and the Monster'). Désireux d’ « en faire plus », l’américain a alors imaginé des « Audio Cinematic » (comprendre des morceaux « pour des films qui se déroulent dans sa tête »).
Pour l’épauler dans sa première escapade, l’étasunien (qui s’est octroyé la prod’) s’est entouré de personnes qu’il connait bien. Aux baguettes, se relaient les batteurs Jon Theodore (acolyte de KH et de Robert Trujillo dans The Wedding Band) et Abraham Laboriel Jr (Paul McCartney). A la 4-cordes, on trouve Greg Fidelman (production/ingé/mix des dernières livraisons de …). Le mix a été refilé à Bob Rock (qui était derrière la console de « Black Album » à « St. Anger »). Enfin, deux morceaux ont été travaillés avec le chef d’orchestre Edwin Outwater (responsable des arrangements pour les concerts symphoniques « S&M2 ».
Les quatre plages instrumentales proposées ici ne donnent pas dans le pur heavy. Ces « portails » combinent pas mal d’influences et de références chères à notre « Ripper » (comme le nomme affectueusement son comparse Jaymz). En fait, le metal (avec quelques errances progressives) rencontre la musique « classique » et un rien d’expérimentation jazzy. Se mêlent donc arrangements de cordes, cuivres, piano, et effets de pédales wah-wah. Les éléments orchestraux et métalliques (on ne se refait pas) se télescopent ('The Jinn').
Les différentes pistes évoluent en permanence. Les passages doux et délicats se transforment parfois en quelque chose de sombre (presque sinistre) et venu d’ailleurs ('Maiden and the Monster'). Guitare, violon et violoncelle s’associent subtilement. Malgré le petit nombre de chansons, on arrive tout de même à 27 minutes de zique (trois titres faisant 7 à 8 minutes chacun).
Plusieurs thèmes nous renvoient à des ambiances cinématographiques (des nappes de synthé « à la John Carpenter », l’intro majestueuse façon John Williams de 'The Incantation'). L’aura d’un Ennio Morricone plane aussi ('High Plains Drifter'). Difficile de ne pas faire le lien avec une composition culte ('The Ecstasy of Gold') du regretté maestro italien qui ouvre les gigs de qui-vous-savez depuis quasi 40 piges.
Dans l'ensemble, cette première (et courte) offrande de Kirk Hammett en solo hors sa formation phare est bien plaisante et riche de diversités. Ce « Portals » nous montre une autre facette créative du guitariste de Metallica. Quand on sait que notre homme enregistre et stocke ses idées dans ses smartphones (quand il ne les perd pas), on espère que d’autres « trésors » encore inexploitées pourront être entendus ultérieurement. La perspective est plutôt intéressante.