''Point of View'', un album au psychédélisme moderne, nerveux et dansant, capable de transformer les vieux fantômes du rock cosmique en carburant pour les nuits électroniques d’aujourd’hui.
Le rock psychédélique a toujours entretenu une relation particulière avec la répétition. Celle qui hypnotise, qui fait perdre la notion du temps, qui transforme progressivement un morceau en expérience sensorielle. Mais chez Elye & The Hydra, cette idée ne passe plus par les longues dérives planantes héritées des années 70. Elle se reconnecte directement au dancefloor. Avec ''Point of View'', le musicien franco-espagnol poursuit cette étrange hybridation entre rock psyché vintage, électronique moderne et pulsations clubbing, jusqu’à construire un EP qui ressemble autant à une transe qu’à une montée d’adrénaline.
Le projet avait déjà commencé à prendre forme avec ''Love'' en 2024, premier EP introspectif porté par cette mystérieuse présence vocale féminine baptisée The Hydra. Depuis, les choses se sont nettement accélérées. Les premières parties, le passage remarqué aux Inouïs du Printemps de Bourges 2025, l’intégration du batteur Joseph Cartigny et les nombreuses dates de tournée ont clairement transformé l’approche du projet. Cela s’entend immédiatement sur ''Point of View''. Là où 'Love' semblait encore chercher l’équilibre entre introspection et énergie live, ce nouvel EP paraît beaucoup plus affirmé dans sa volonté de faire cohabiter la fièvre électronique et la puissance organique du rock.
Dès 'Heaven is Earth Without…', Elye & The Hydra plonge l’auditeur dans une atmosphère presque cérémonielle. Les nappes synthétiques installent une tension flottante avant que la rythmique ne fasse progressivement basculer le morceau vers quelque chose de plus physique. Ce qui frappe immédiatement, c’est cette manière très naturelle de mélanger plusieurs temporalités musicales. Certains sons évoquent les grands espaces psychédéliques des années 70 tandis que la production, elle, reste profondément contemporaine. On sent autant l’influence des textures électroniques modernes que celle d’un rock cosmique plus ancien.
Le morceau agit comme une porte d’entrée idéale dans l’univers de l’EP : hypnotique mais jamais passif, répétitif mais constamment mouvant. Les interventions vocales de The Hydra jouent ici un rôle essentiel. Elles ne servent pas uniquement de ligne mélodique ; elles fonctionnent presque comme un élément atmosphérique supplémentaire, un mantra flottant au-dessus des machines et des instruments. Nous sommes séduits par le rock hypnotique '...me?', simple cash direct, une transition indispensable.
Puis vient « POV », probablement l’un des morceaux les plus représentatifs de cette idée de ''nouvel acid rock'' revendiquée par le projet. Le titre avance avec une mécanique rock progressif tout en injectant une tension électronique très actuelle. La batterie de Joseph Cartigny apporte ici une vraie dimension physique au morceau. Là où beaucoup de projets électro-psyché finissent par sonner entièrement programmés, Elye & The Hydra conserve constamment une sensation de mouvement organique. Les montées progressives deviennent presque euphorisantes à mesure que les couches synthétiques s’accumulent.
Mais l’EP prend véritablement toute son ampleur avec 'Acid Rock'. Le morceau porte parfaitement son nom sans tomber dans la caricature revivaliste à la Iron Butterfly. Elye & The Hydra ne cherche jamais à reproduire mécaniquement les codes du psychédélisme vintage. Au contraire, le groupe utilise cet héritage comme une matière première qu’il fait dériver vers quelque chose de beaucoup plus moderne et urbain. Les synthétiseurs deviennent plus agressifs, les textures plus abrasives, tandis que la guitare continue de maintenir un lien avec cette dimension rock presque krautrock par moments. Le morceau possède surtout une qualité rare : il donne envie de bouger tout en conservant une vraie profondeur atmosphérique. Cette dualité traverse l’ensemble de l’EP.
'Careful What You Wish For' ralentit légèrement la cadence mais accentue encore davantage l’aspect hypnotique du projet. Le morceau développe une ambiance plus flottante, presque inquiétante, comme si la tension émotionnelle jusque-là contenue commençait progressivement à contaminer tout le décor sonore. Les textures électroniques deviennent plus diffuses, plus troubles, tandis que les voix semblent parfois surgir de très loin. On retrouve ici une dimension presque cinématographique dans la manière dont Elye construit ses climats.
À l’inverse, 'Sound Like You' qui ferme l'EP réinjecte immédiatement du mouvement et de l’énergie. Le groove y devient central. La basse occupe davantage l’espace et l’ensemble retrouve ce caractère frénétique. Pourtant, même dans ses passages les plus dansants, Elye & The Hydra conserve toujours une légère noirceur sous-jacente. Quelque chose continue de dériver sous la surface.
L’une des grandes réussites de ''Point of View'' réside précisément dans cette gestion des contrastes. L’EP ne choisit jamais entre le rock et l’électronique, entre la transe et l’introspection, entre le psychédélisme vintage et les textures modernes. Il préfère constamment circuler entre ces différentes identités, parfois au sein d’un même morceau.
Et surtout, Elye & The Hydra évite un piège fréquent dans ce type de fusion stylistique : celui de l’exercice de style un peu froid. Ici, les morceaux vivent réellement. Ils respirent. Ils possèdent une tension physique qui semble directement héritée de la scène. On comprend facilement pourquoi le projet a commencé à attirer l’attention dans les festivals et les SMAC : cette musique paraît conçue pour envelopper totalement le public.
Avec ''Point of View'', Elye & The Hydra ne signe pas seulement un nouvel EP prometteur. Le projet donne surtout l’impression d’avoir trouvé sa véritable identité sonore : un psychédélisme moderne, nerveux et dansant, capable de transformer les vieux fantômes du rock cosmique en carburant pour les nuits électroniques d’aujourd’hui.