Le parcours des Monstres de l’Enfer, formation qui nous intéresse ici, est singulier à plus d’un titre.
D’une, le fait de venir de Hongrie, pas particulièrement connue pour la richesse de sa scène Metal (les plus pointus corrigeront toutefois en rappelant l’existence de Thy Catafalque ou Ektomorf), titille d’emblée la curiosité de l’auditeur.
De deux, glisser de débuts psychobilly/horror punk vers quelque chose de plus franchement Heavy achève d’interpeler et incite à se pencher avec une attention soutenue sur la dernière livraison des Magyars, dont il ne reste des origines que la chanteuse Zsuzsa « Shakey Sue » Radnóti (les trois-quarts du quatuor ayant été renouvelés en 2016).
Et en se penchant sur la bête, l’on est surpris de la durée affichée du bidule : même pas 29 minutes, pour neuf titres…à part dans le grind, où l’on enquille les titres de même pas une minute trente comme les perles, on voit ça plutôt rarement.
Quatre points retiennent l’attention lors de l’écoute.
Premièrement, l’atmosphère d’ensemble est très indus/techno, ce qui confirme que le psychobilly des origines est définitivement enterré. La production est très moderne, et met bien en valeur l’énergie des compositions du groupe.
Deuxièmement, la voix de Shakey Sue se détache d’emblée de l'ensemble. Versatile au possible, la belle hongroise se montre à son avantage dans un registre large allant du caressant/lascif (« Weeping Willow ») au screamo le plus agressif (« Rootless Soul Warrior »).
Troisièmement, l’écriture du groupe accouche de refrains souvent hyper-accrocheurs, groovy et dansants (« Body Bag », cas d’école). Le tempo appliqué par ailleurs sur la plupart des morceaux n’aidera pas à calmer une tendance de l’auditeur à taper du pied et secouer sa belle toison capillaire avec le smile qui va bien. Vous êtes prévenu : ce truc est assaisonné au Redbull ! Et puis avec ses notes poppy-punk, on se demande si ça ne viendrait pas opportunément illustrer un générique de manga, à la manière un peu barrée d’un Maximum the Hormone. Il y a dans la musique des hongrois une fraîcheur adolescente qui vous ferait presque oublier vos rides…
Quatrièmement, le groupe s’attache à aller à l’essentiel, avec des morceaux à la durée concise ( Metallica, si vous nous lisez…). On n’est jamais au-delà des 4 minutes 30, et trois morceaux descendent même en dessous des deux minutes. En plus de l’instrumental d’introduction « Sunrise » auquel répond l’instrumental de conclusion « Sunset » (vous l’avez, le concept ?) l’apocalyptique « Chaos » est bien parti pour provoquer pogos, circle pits et walls of death à foison dans les fosses du monde entier avec son groove sous amphétamine qui vous laissera exsangue en une minute et quarante-quatre secondes chrono.
Côté compos, le groove globalement skate punk vient s’enrichir d’influences hardcore (« Rootless Soul Warrior ») Heavy Metal (« PBSS ») voire Thrashy (« Chaos »). Il sait aussi lever le pied quand il le faut, pour explorer des climats plus ambient (« Weeping Willow ») . Mais tout cela sonne très naturel et cohérent.
Au final, « Pitch Black Sunset” s’avère être une excellente livraison du quatuor. Les mauvaises langues trouveront peut-être la démarche un tantinet commerciale. Laissons-les baver, pendant qu’on prépare les Converses…et le Voltarène pour soulager les cervicales. Ce disque va vous donner des ailes !!!