Perdida
Fred H
Journaliste

STONE TEMPLE PILOTS

«Ce « Perdida » est simplement magnifique et Stone Temple Pilots assurément un grand groupe.»

10 titres
Rock
Durée: 45'32 mn
Sortie le 07/02/2020
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RHINO

Ces dernières années n'ont pas été faciles pour Stone Temple Pilots. Fin 2015, bien qu'ayant été lourdé du combo, leur chanteur historique Scott Weiland succombait après l'absorption d'un cocktail mortel mélangeant cocaïne, MDA et alcool. Moins de 2 ans plus tard, son remplaçant, Chester Bennington (Linkin Park), très marqué par la mort quelques mois plus tôt de son pote Chris Cornell, choisissait de se suicider. Beaucoup auraient lâcher l'affaire, comment les en blâmer ? Malgré ces 2 coups du sort, le groupe décidait de poursuivre leur route en recrutant Jeff Gutt (surtout connu jusqu'à lors pour ses participations au télé-crochet The X-Factor USA) pour officier derrière le micro. Comme une sorte de renaissance, courant 2018, la formation californienne accouchait d'un second album éponyme (à ne pas confondre avec celui de la reformation de 2010).

En ce début 2020, les frères DeLeo (Dean à la sixcordes et Robert à la basse) et l'indéboulonnable Eric Kretz aux baguettes, accompagné du dernier arrivant, s'en reviennent. A entendre les américains, l'approche acoustique (leur « MTV Unplugged » de 1993 est encore dans les mémoires) semblait être celle qui convenait le mieux pour ce huitième opus. Le gang a voulu un disque qui soit le parfait reflet de ce qu'ils vivent présentement. Montrer que la musique peut aider (c'est leurs cas) à traverser les épreuves et le chagrin. Chercher un sens à tout cela, créer et transmettre quelque chose de beau à partir de la douleur. On pourrait logiquement penser que le ton très mélancolique de cette galette est uniquement en lien avec les tragiques disparitions des 2 précédents vocalistes. Finalement un seul titre y est véritablement rattaché. Le reste est inspiré à partir d'autres moments et vécus tout aussi personnels.

Ce « Perdida » (dont le titre espagnol signifie « Perte » en français) se veut une promenade émotionnelle et thérapeutique. Cet effort est construit comme un (merveilleux) voyage qui débute par un au-revoir ('Fare Thee Well') et se termine avec un nouveau départ et une note d'espoir ('Sunburst'). Afin de « servir » au mieux leurs compositions, les garçons ont incorporer divers instruments que l'on n'a pas l'habitude d'entendre dans l'univers metal. Les plus fidèles se souviendront de choses similaires par le passé (solo de trompette sur 'Adhesive' sur « Tiny Music… Songs from the Vatican Gift Shop »). Ici, on retrouve de la flûte ('I Didn't Know The Time'), un saxophone alto ('Years'), un guitarrón = très grande basse acoustique mexicaine (le sublime 'Miles Away'), une cithare sans frette appelé le marxophone (l'hypnotique 'She's My Queen'), quelques claviers vintage ou encore des violons comme sur la piste qui donne son nom à cette rondelle. Les quatre zicos ont visiblement pris plaisir à collaborer avec d'autres musiciens et à inclure toutes ces couleurs venues d'ailleurs. Cela se ressent et l'ensemble est subtilement équilibré.

Que ce soit musicalement ou au niveau des textes, l'objectif est d'être les plus authentiques possibles. Faire sobre, être vulnérable, s'exposer (peut-être encore plus qu'à l'accoutumé), lâcher prise. Les paroles (la plupart écrites par un Gutt très impliqué) se veulent introspectives. Son timbre chaud envoûte ('Three Wishes') et les harmonies vocales proposées s'écoutent avec délice (les doux 'You Found Yourself While Losing Your Heart', 'I Once Sat At Your Table').

Le quatuor a su se relever et surmonter ses pertes. Ce « Perdida » est simplement magnifique et Stone Temple Pilots assurément un grand groupe.