La carrière de YAWNING MAN est à l’image de sa musique : lente et tranquille. En effet, c’est en 1986 (déjà 40 ans…ça date !) que Gary Arce agglomère un trio autour de sa personne, participant à l’éclosion du mouvement Desert Rock, en écumant les fameuses Generator parties qui virent KYUSS et consorts répandre la bonne parole du riff fuzzé auprès des jeunes skateurs désoeuvrés de Palm Springs. Il faut pourtant attendre 2005 pour que le combo produise son premier album, distillant ensuite au compte-goutte (tous les trois à cinq ans) les livraisons suivantes.
YAWNING MAN et KYUSS, c’est un peu le Yin et le Yang du Stoner : là où Josh Homme et consorts vous font – faisaient, en fait - vriller la cervelle à coup de motifs groovy, nourris de blues primitif et chargés d’électricité, plombés par la chaleur du désert de Mojave, la bande de Gary – Arce, toujours – vous délivre de longues jams apaisées, faites d’arpèges lumineux et amples. De ceux qu’on apprécie particulièrement au coucher du soleil sur les étendues minérales du Sud de la Californie, et qui subliment la beauté d’une nuit étoilée autour d’un feu du côté de Joshua Tree.
« Pavement Ends » ne déroge pas à la règle : la guitare nimbée d’une réverbération scintillante, égrène sa complainte sur la pulsation feutrée de la batterie et le jeu en accord d’une basse tout en rondeur, même surtout lorsqu’elle est fuzzée. L’on se laisse prendre par la main pour six plages qui déroulent chacune le chemin d’une ballade musicale réveuse et introspective. Le tour de force du trio est de ne jamais se répéter ni lasser, aussi bien à l’intérieur de morceaux pouvant tutoyer les 10 minutes (« Pavement Ends »), qu’entre les plages elles-même. Il y a par ailleurs une élégance dans l’écriture qui, n’était la fuzz, évoque le néo-prog tel que le conçoivent des formation comme MARILLION ou GAZPACHO. La juste note au bon moment, à l’économie, en somme.
Comme son nom l’indique, « Pavement Ends » (tiré des panneaux de signalisation routiers US signalant la fin d’une route asphaltée) fait sortir l’auditeur des chemins balisés pour lui faire emprunter les petits chemins et les sentiers, s’évader du carcan imposé par le monde moderne pour reprendre contact avec une nature plus brute et authentique, et ralentir le rythme. Un album bienfaisant et salvateur…