Depuis « Dark Roots of the Earth”, TESTAMENT a fait preuve d’une belle constance dans la production, délivrant des albums gavés d’adrénaline et réalisant un remarquable « Hat-trick » du thrash à l’américaine.
Aussi est-on en droit de se demander si le quintet, à la sortie du présent « Para Bellum », est en mesure de confirmer cette obstination à pondre un Metal (non, pas d’accent et oui, ça mérite une majuscule !) qui fait comprendre qui sont les vrais patrons de la Bay Area.
Force est de constater que le challenge est somme toute relevé, et que la guerre est effectivement préparée…à quelques réserves près.
Certes, le groupe emprunte à d’autres courants pour enrichir son discours. Ainsi, le thrash des californiens est infusé de Black Metal sur les deux premiers morceaux de l’album. C’est blastbeats à foison et distorsion façon tronçonneuse dans tous les recoins. Quant à Chuck Billy, il se montre aussi à l’aise dans les screams de sorcières que dans son chant saturé habituel. C’est propre, net et sans bavure, et on applaudit la performance.
Plus (mais alors vraiment plus) discrètement, référence est faite au Grand Ancien Jimi Hendrix, avec l’utilisation du fameux accord « de septième – neuvième dièse » si cher au Voodoo Child (« High Noon »).
De même, et toujours en toute discrétion – et en habillant au passage l’introduction du morceau d’un effet de phaser très 80’s – « Nature of the Beast » emprunte certains gimmick à la New Wave of British Heavy Metal (Ceci étant dit, avec un titre pareil, difficile de ne pas penser dans ce contexte à la Vierge de Fer…m’voyez ?)
Reste (à une exception près, voir ci-après) un chapelet de titres bien dans le style et l’esprit de ce que Testament produit depuis « Dark Roots of… » : du thrash classique, à la mise en son puissante et ample, apportant son lot d’adrénaline et apte à enflammer les pits des salles de concerts et autres festivals (« Havana Syndrome », « Witch Hunt »). C’est toujours efficace…mais par contre pas original pour un sou, et l’on se surprend à se demander si les vétérans ne montrent pas les premiers signes d’une perte d’inspiration. A moins que le parcours récent du groupe ne commence à les enfermer petit à petit dans une « zone de confort » ? Allez savoir…
Et puis il y a « Meant to Be », LA ballade de l’album. La bande de Peterson et consorts s’est par le passé distinguée dans l’exercice à quelques reprises, avec les honneurs. Et il faut sans doute creuser dans cette direction pour comprendre que malgré tout, ils en ont encore sous le pied.
Car, jurant franchement avec le reste de l’album (en même temps, une ballade…on frôle la lapalissade), et même s’il nous font le coup de l’orchestre symphonique en soutien, et des arpèges à la guitare acoustique, il faut tout de même aller au-delà des apparences « so cliché ». Car contrairement à d’autres modèles du genre, les californiens jouent la carte du Prog. En refusant de sacrifier à la construction bateau « couplet-refrain » pour bâtir une pièce en deux parties, en jouant avec les changements de mesures rythmiques et les pulsations (alternances de passages en croches et d’autres en triolets…vicieux…), et en réalisant ici le morceau le plus long de l’album (près de huit minutes, contre une moyenne de quatre à cinq pour le reste de l’album), TESTAMENT montre qu’il peut encore aller là où on ne l'attend pas.
On notera tout au long de l’album la maîtrise technique de Chris Dovas (successeur de Dave Lombardo, lequel dépannait le groupe après le départ de Gene Hoglan), dont le jeu regorge de détails qui font toute la différence.
Avec un titre éponyme en conclusion de l’album, qui réalise une synthèse de la galette (thrash à la mode habituelle du groupe, retour des passages blackisants, touche « classique baroque » à la fin qui rappelle les orchestrations et la guitare acoustique de « Meant to be »), le combo franciscain continue sur la lancée démarrée avec « Dark Root… ». Et même si certains signes laissent croire qu’une certaine routine commence à s'installer dans l’écriture, TESTAMENT prouve qu’il est encore loin d’avoir écrit le sien (de testam…non, rien…)