Ouroboros…Ce terme, qui désigne une figure symbolique (un serpent qui se mord la queue) pourrait rebuter lorsqu’on parle de musique. A fortiori dans le domaine du Stoner, dont le recyclage de figures blues -dans ce qu’il a de plus sauvage et primaire- et punk est, il faut bien le dire, le fond de commerce, on peut craindre que le choix d’un tel titre pour un album soit un aveu de faiblesse.
Aussi, lorsque les trois graisseux de BORRACHO, originaires de Washington DC, nomment ainsi leur sixième opus, l’on pourrait craindre le genre d’ennui que ressentit le roi Sisyphe, à force de remonter ad vitam aeternam un rocher qui, sitôt atteint le sommet d’une colline, redescendait irrémédiablement au fond de la vallée. A force de faire et refaire, on finit par se lasser…
Nonobstant, il y a également une notion de cycle – en l’occurrence, celui de la vie et de la mort, de l’ascension et de la déchéance, de la grandeur et de la décadence – dans la figure qui pourrait annoncer un propos moins barbant qu’il n’y paraît.
Et le fait est que les premières écoutes tendent à nous faire pencher vers le second point de vue.
Car déjà, notre trio fait le choix d’une musique un tantinet plus hard rock – voire metal- que purement Stoner. A vrai dire, l’on aurait le sentiment d’écouter l’œuvre d’une engeance des pères fondateurs MOTÖRHEAD.
Déjà, la voix de Steve (pas de nom, désolé…) évoque l’organe chargé de graillon du regretté Lemmy (En passant, vous noterez dans la vidéo ci-dessous la façon dont le micro de Steve, le chanteur, est positionnée...les chats ne font pas des chiens)
Ensuite, l’introductif « Vegas Baby », tant dans le titre que dans l’écriture -hargneuse et purement Rock’n’roll- évoque le trio marqué du sceau de Snaggletooth. On trouvera également une filiation dans le solo de « Lord of Suffering », dont l’atmosphère psychédélique fait furieusement penser au « Capricorn » des têtes de moteur.
De psychédélisme il est également question dans cet album. Ainsi en est-il de « Vale of Tears », à l’atmosphère doomy, marquée par un passage que n’aurait pas renié EARTHLESS. On retrouve également quelques tics d’écritures typiques du Voodoo Child.
Vous me direz : « Et les histoires de cycles, machin-bidule, alors ? », et vous aurez bien raison.
Car en effet, que ce soit dans l’écriture comme dans la production, on est plutôt dans de la came plutôt entraînante – chapelet de riffs casse-nuque à l’appui – et « lêchée » -son énorme et arrangements puissants…il y a tout de même un tantinet de crasse là-dedans, on n’est pas chez Def Leppard non plus.
Il faut donc plutôt creuser du côté des paroles et des thèmes abordés. Pour le coup on n’est pas trop dans le planant-cosmique cher au stonerhead de base. On serait plutôt dans le pessimisme de fin de civilisation, avec son chapelet d’oppression, de nivellement culturel par le bas et de désordres mentaux. Bref, que du cohérent au regard de l’actualité du moment, du genre qui ne donne pas envie de sourire, et qui donne sens au caractère autodestructeur du serpent qui se bouffe lui-même à force de tourner en rond.
C’est sans doute dans ce paradoxe qu’il faut trouver une explication à la singularité de cet album : opposer la noirceur du fond à l’énergie salvatrice de la forme. Dit autrement, pour citer ce grand philosophe de la chanson française qu’est Didier SUPER : "On va tous crever, la fin du monde elle nous attend, et nous on fait la fête tout le temps !"