Il aura fallu près de cinq ans au trio parisien HOWARD pour donner une suite à « Obstacles », leur premier effort au format album (après un EP paru en 2018). Il faut dire que l’opus était sorti pile avant le premier confinement. La pandémie COVID est depuis passée par là, et n’a pas été sans conséquence sur l’histoire du groupe -et pas uniquement en termes purement « logistiques ».
C’est en effet un changement significatif d’orientation musicale qui nous est proposé ici. Car là où « Obstacles » proposait un matériau franchement rock 60’/70’s,avec de la hargne et de la puissance dans l’intention, HOWARD intègre sans ambigüité une composante electro, qui se laissait discrètement deviner dans le précédent album.
Que ce soit par les deux petits intermèdes bruitistes « Oscillations #1 » et « Oscillation #2 », l’introductif « Opening : sample and hold » -qui rappelle par certains aspects une autre formation française, les fun et aujourd’hui disparus DANCEFLOOR DISASTER-, ou le plus « EBM( ?) » « Myself », HOWARD fait des clins d’oeils franchement appuyés aux accros des sonorités dansantes et électroniques.
Par ailleurs, l’influence du post-punk et des premières années du mouvement New-wave se fait aussi clairement sentir. Que ce soit avec « Keep Running », ou par petites touches- attention, néologisme…- « kraftwerkiennes » sur « Don’t make me go back », sur les relents de « Personal Jesus » - en plus martial cependant – de « Black Tongue » les nostalgiques des gothiques coiffés en hérissons seront à la fête.
Nonobstant, le rock garage et le pur binaire à l’ancienne restent présents. Le trio comptant dans ses rangs un clavier-organiste, on ne s’étonnera pas de trouver des relents Purpeuliens -Jon Lord, incontournable référence- à l’écoute de « Dead » (les fans de KO KO MO se régaleront également) . Plus surprenant, le speedé « Day Dreaming » invoque subtilement le fantôme de Lemmy et ses têtes de moteur.
Autre singularité de l’album, « Lighthouses » propose une jolie ballade dark folk aux amateurs d’atmosphères mélancoliques cotonneuses.
Considérations purement musicales mises de côté, le COVID a également marqué la thématique de l’album. Le chanteur JM Canoville s’en est ouvert lors de leur passage à Clisson : la pause mondiale l’a amené à se questionner sur son genre, et cette introspection imprime sa marque aux textes (« Day Dreaming »), qui évoquent la recherche d’identité, les difficultés de positionnement dans une société qui fonctionne par étiquette.
Du fait d’un virage stylistique franc et assumé, « Oscillations » risque de désarçonner les fans du premier album, qui était plus franchement rock et rentre-dedans. Il faudra faire un effort d’ouverture pour appréhender la richesse de cet opus, où l’on se disperse un tantinet. On saluera toutefois le courage d’aborder des problématiques encore trop peu évoquées en dehors des scènes pop et electro. « Oscillation » ne sera pas un album renversant, plutôt une curiosité qu’il faudra aborder avec un peu d’ouverture d’esprit.