Au sein de la scène Stoner, KYUSS est un peu l’équivalent musical de l’eau de Volvic, dont le slogan fût un temps : « un volcan s’éteint, un être s’éveille ». Car l’histoire de cette formation est à rapprocher d’un cycle de réincarnations.
Issu des generator parties qui lancèrent le mouvement dans la moiteur du désert californien, le combo connût une heure de gloire relativement rapide, au point de faire partie des Grands Anciens posant les bases de l’idiome desert rock, puis paradoxalement d’imploser sur décision de Josh Homme. D’aucuns auraient pu en rester là, sauf que l’histoire fût au contraire le départ d’un foisonnement de groupes, initiés par chacun des membres, originels ou pas. Il n’est que de citer, outre l’évident Queen of The Stone Age (Josh Homme), Mondo Generator (Nick Oliveri), Unida (Scott Reeder, John Garcia),Slo Burn et Hermano (John Garcia, encore).
Et puis il y a le cas Brant Bjork. Ce dernier, rapidement submergé par les excès de boisson et de drogue, décide en 1994, avant le sabordage de Kyuss par son collègue rouquin, de quitter le navire pour se recentrer sur l’essentiel, à savoir : la musique !
Batteur autodidacte, mais également guitariste, bassiste et …chanteur, l’ami Brant est à même de composer des morceaux, ce qu’il s’empresse de faire chez les copains skaters freaks de Fu Manchu. De fil en aiguille, tout en s’impliquant tant en solo, mais également chez Mondo Generator, Stöner, et Fu Manchu, il en vient à se faire remarquer en tant que producteur (Fu Manchu, encore, avec leur opus fondateur « No One Rides For Free »), jusqu’à créer son propre label, Duna Record. Celui-ci -sans doute du fait de l’hyperactivité du bonhomme- fût mis en sommeil quatre années après sa naissance en 2002.
Mis en sommeil depuis 2006, Duna Records remonte aujourd’hui à la surface grâce à son fondateur, lequel, malgré une carrière solo conséquente et diverses collaborations -voir plus haut – va rechercher son vieux pote Mario Lalli (issu de cette fameuse période des generator parties) et le cogneur de fûts Ryan Güt, pour nous raconter des histoires du désert – d’où le titre, en mode conte de fée stoner.
Bizarrement, la tonalité générale des compos est plutôt urbaine, et va titiller insidieusement la nostalgie du fan de Starsky et Hutch. En effet, le corps principal de l’album est constitué de morceaux qui fleurent bon le funk huileux des années 70. Dès « Backin’ the Daze », on voit venir le bidule, avec un riffing toujours Rock, quoiqu'également connoté Audioslave. Et c’est vraiment à partir de « Higher Lows », qu’on commence à entrevoir les rues crasseuses de Brooklyn, les coupes afro sur sous-pull en acrylique et pantalon à pattes d’ef’.
Il y a aussi du Hendrix dans le matériau travaillé par Brant et ses potes (« Down the Mountain » ou en core « Astrological Blues (Southern California Girl) »), assumant ainsi un attachement franc aux sonorités vintage, tant dans la basse tellement fuzzée qu’on peut toucher les grumeaux, que dans la batterie captée sans chichis, tout comme la guitare. C’est sale, c’est rêche et en même temps grondant. La tendance n’est pas à jouer sur les effets (mis à part un chouia de wah-wah sur « Surfing Dreams », et la fuzz, évidemment), c’est assez direct et l’on revient aux sources du Desert Rock.
De fait, les fuzzs sont souvent « cleanées » (on baisse le volume de la guitare pour adoucir le niveau de saturation) pour retrouver ce côté vintage, qui manque parfois de mordant au profit d’une rondeur dans le son. La conséquence est que, en ajoutant à cela un chant tout en souplesse et élégant, ladite rondeur atténue l’impact des morceaux. Pour un peu, ça te fait l'effet de traverser une nappe de brouillard – tiens, tiens…- en pleine journée d’été.
A l’opposé, l’expérience du gazier (pun intended...) dans la production de riffs qui groovent -qui font taper du pied, transformer votre tête en culbuto façon oui-oui – se ressent parfaitement, tout comme la capacité à partir en improvisations psychédéliques lors des soli.
Au final, l’album plaira aux fans d’une certaine patte sonore, assez hippie vieux style, et à ceux d’entre vous que la transe du riff obsède. Les amoureux de space rock planant ou de choses plus ambient peuvent être rebutés au premier contact, mais risquent de passer à côté d’une expérience somme toute pas désagréable. En conclusion : pas dégueu, ce mezcal !