Lorsque KYUSS débarque dans les années 90, c’est tout un mouvement qui déferle sur le monde des musiques amplifiées, depuis le sud aride de la Californie. Le stoner vient revigorer un style musical qui s’était sans doute un tantinet perdu dans une recherche de productions toujours plus techniques, toujours plus extrèmes, perdant par là-même une partie de ce qui faisait son sel : la rage, le groove et le rêve…
Le fait est que les ricains ne restent pas longtemps maîtres exclusifs de cet idiome qui fleure bon les vapeurs lysergiques, la transe et la puissance de la fuzz. L’Europe, séduite par la démarche, voit de son côté apparaître une brigade de formations qui viennent alimenter le fan de musique métallique en riffs gras et hypnotiques.
C’est ainsi que quatre morveux suédois débarquent en 2001 avec un parpaing qui dégomme tout sur son passage. « Ode to Io », première saillie de LOWRIDER, déboule dans les bacs et s’impose d’emblée comme une galette IN-DIS-PEN-SA-BLE. On mesure la performance à la jeunesse des gamins (la vingtaine tout juste…merci, au revoir !)
Bizarrement, ce sera ensuite silence radio de la part du combo pendant près de quinze ans. Pas de nouvelles quant à un retour en studio, ni vraiment de tournées. Bref – cohérence thématique -, c’est le désert. Tout juste le quatuor se rappelle-t-il à notre bon souvenir en 2014 au Hellfest, pour un concert qui renverse la Valley, participant ainsi à la légende de cette scène comme pourvoyeuse de sonorités lourdes, groovy et casse-nuque. Pour votre serviteur qui y était – et qui encore à l’époque, pêchait par manque de connaissances dans le domaine…pas taper, on a tous été jeune avant d’avoir de l’expérience – ce fût une révélation : une heure de bonheur en barre, d’exhutoire fuzzé d’une énergie positive (tout le monde le sourire aux lèvres !) qui laisse le public exsangue, mais HEU-REUX !!!
Depuis, LOWRIDER s’est finalement sorti les doigts du fondement, et nous a produit un « Refractions » tout aussi gras et énergique.
Le fait est qu’au moment de la sortie du premier album, la bande de Peder Bergstrand n’est pas satisfaite du travail réalisé par le label à l’époque : à l’origine double album, « Ode to Io » est réduit à un simple, mettant de côté certains titres et compressant les pistes, avec pour résultat une dégradation du produit. A côté de ça, la pochette est imprimée là aussi en rognant sur l’image initialement prévue (on fait de simples nuances de gris pour économiser du pognon).
Bref, malgré le succès de la galette, les quatre suédois conservent une certaine insatisfaction quant au produit livré. Aussi, 25 ans plus tard, le groupe décide-t-il de corriger le tir en ressortant l’album dans son vrai format, bénéficiant d’un remastering pour en restituer la richesse sonore. Histoire de gâter le fan, celui-ci est enrichi de photos et de notes des musiciens afin de restituer l’esprit de l’époque.
Le fait est qu’il suffit de lancer l’album pour se prendre une baffe encore plus puissante que l’originale. Dès les premières notes, c’est énorme – tellurique, comme on dit chez les vulcanologues -, gras sans être lourd, et groovy comme pas deux. On enfile les rythmes ternaires comme des perles, lesquels prennent le contrôle des muscles de votre cou et de votre visage pour imprimer un hochement de tête frénétique ainsi qu’un sourire digne du Joker, le côté sinistre en moins.
Car Il ressort de chaque titre une pêche, une énergie positive qui dénote un tantinet avec la rage des collègues skateurs US assommés par l’ennui et le soleil plombé californien.
Cerise sur le gâteau, c’est pas moins de six titres qui viennent s’ajouter aux dix pistes historiques, prolongeant ainsi le plaisir d’autant.Résultat : malgré une durée de 83 bonnes minutes, on ne voit pas passer le temps et on en redemande presque instinctivement.
Qualité des compos, puissance du son, variété des ambiances : c’est un lifting extra-revigorant qu’offre LOWRIDER à son album fondateur. Vingt-cinq ans après, le combo vient ici corriger une erreur pourtant restée invisible à l’époque, et réaffirmer sa place de précurseur et de locomotive de la scène Stoner européenne. Il serait par conséquent dommage de passer à côté d’une telle pépite de pur Rock’n’roll. L’album étant par-dessus le marché disponible uniquement en vinyle, devrait faire grimper exponentiellement les ventes de platines. Courez chez votre dealer !