J'avoue que quand est tombé dans ma boîte aux lettres de chroniqueur un album décrit comme de la \'\'big morbid death pop\'\', ma curiosité était piquée. Quelle était donc cette étrange bête ? Une sorte de David Bowie dans un cabaret mené par les Sisters of Mercy ? Bauhaus en session live RTL2 ?
Il se trouve que Oceanography de Charlie Barnes donne beaucoup plus dans la pop que dans cette morbide orgie glam suscitée. Une pop résolument moderne, d'ailleurs : le single, \'\'Will and Testament\'\', fait la part belle aux instrumentations électroniques, tandis que les inflexions vocales de Barnes font souvent penser à Matthew Bellamy (le chanteur de Muse, pas le roman de Maupassant), comme dans \'\'Bruising\'\', où le musicien donne plus franchement de la voix. Le son de l'album est assez froid, les guitares ont ce clinquant assez typique du rock brit mais aussi une couche de reverb qui rappellera peut-être à l'auditeur un post-punk passé à une moulinette plus mainstream. L'album a en effet un côté un peu liquide, mélancolique, nocturne.
Après les mots \'\'pop\'\' et \'\'mainstream\'\', j'espère ne pas avoir fait fuir tous les lecteurs de cette chronique. ll serait en effet dommage de se priver de l'écoute d'Oceanography : bien qu'un peu longuet (mais bon, je dis ça pour tout album de plus de 45mn), le disque démontre le talent mélodique mais aussi d'arrangement de Barnes. Le morceau \'\'Bruising\'\' passe par différentes couches sonores et a un refrain du plus bel effet. Le morceau-titre commence grandiloquent et triomphal mais retombe vite sur un couplet ballade-piano dominé par la voix de Barnes. Le pont monte en puissance avec retour des cordes, puis le refrain (un peu poussif pour une track 1) arrive, plaintif, lancinant, et les cordes reprennent de plus belle. J'ai parlé plus haut de Bellamy : il serait peut-être plus juste de parler d'influence Queenienne (que Muse abuse un peu depuis quelques albums). La théâtralité, le piano, l'élaboration mélodique : si le son n'est pas une copie conforme du légendaire quatuor anglais, l'auditeur décèle tout de même dans cet Oceanography une certaine exigence dans le songwriting héritée de la Reine.
Parfois cette grandiloquence menace de donner dans le sirupeux, comme dans \'\'One Word Answers\'\', mais Charlie se rattrape avec un sympathique riff de refrain et un pont bien placé. Vous commencez à le sentir dans cette chronique : la force de cet album, ce sont les compositions, bien ficelées et efficaces. Si ce n'est pas l'originalité qui étouffe Charlie Barnes, les performances sont convaincantes, sa voix avantageusement mise en avant, et le disque cohérent sans être trop répétitif. Du plus up tempo \'\'All I Have\'\' à la ballade \'\'The Legacy\'\', la tracklist se montre variée, et le mixage achève de rendre tout ça bien plaisant, même si à \'\'Maria\'\' une impression de déjà-entendu pointe le bout de son nez.
Au final, je ne saurais que recommander cet album à ceux qui recherchent un bon album de pop élaborée aux influences de bon goût. Une douce douceur.