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Numen

Julien Pingenot
Journaliste

Alkaloid

Ce troisième album est colossal de travail et montre un groupe plus inspiré que jamais, dommage d'avoir utilisé un IA pour ses visuels qui entachent un si bon album...
11 titres
Progressive Death Metal
Durée : 70
Sorti le 15/09/2023
1547 vues

Le super groupe allemand de tech death progressif est de retour en ce mois de septembre pour nous offrir sa troisième cyclopéenne offrande " Numen". 

Quatuor composé de certains des musiciens les plus reconnus et talentueux du milieu comme le batteur Hannes Grossman, ancien d'Obscura, Necrophagist et membre de Blotted Science ou ayant son projet personnel. Mais aussi on retrouve Christian Münzner, actuel gratteux chez Obscura et ancien de Necrophagist, Nader Sadek ou encore Spawn of Possession. En deuxième guitare et chant on retrouve Morean, leader du regretté Dark Fortress. Et enfin Linus Klausenitzer occupe le poste de bassiste, qui est aussi un ancien d'Obscura et joue aussi dans le très récent groupe Obsidious. Avec un panel pareil, difficile de ne pas être intrigué par Alkaloid. Pour être totalement sincère, je suis Alkaloid depuis quasiment ses débuts et sa sortie du fantastique "The Malkuth Grimoir". Le deuxième album "Liquid Anatomy" est aussi très bon mais pas aussi convainquant que son prédécesseur. Alors comment vous dire que j'attendais "Numen" de pied ferme depuis un certain temps !

Pour ceux ne connaissant pas le groupe, Alkaloid est un groupe de tech death progressif basant sa musique, ses paroles et visuels sur les écrits lovecraftien et tout cet imaginaire qui gravite autour. Le groupe s'est fait connaître, d'une part grâce à son lineup, des anciens d'Obscura et/ou Necrophagist, ça intrigue mais aussi par ce qui fut proposé. En effet, Alkaloid propose une musique aux influences multiples et très explicitement intégrées dans ses compositions. De plus, les allemands sont d'une inventivité démentielle et adorent jongler entre les ambiances très éthérées, mélodiques et véritablement belles à des passages hypers chaotiques et brutaux ou des passages doomesque d'une lourdeur cyclopéenne, sans que le tout soit indigeste. Faut dire qu'avoir joué dans Necrophagist pour faire ses classes, y'a pire ! 

Alors six années après "Liquid Anatomy" qui montrait un groupe déjà très mature et sûr de lui, que vaut cette nouvelle offrande qu'est "Numen" ?

Et bien on ne va pas y aller par quatre chemins, ce troisième album est colossal de travail et montre un groupe plus inspiré que jamais. Quand je dis colossal, je pèse mes mots, en effet, l'album dépasse largement l'heure d'écoute et un grand nombre de morceaux dépassent les six minutes. Mais rien de nouveau pour les connaisseurs du groupe tout comme les amateurs de prog. 

Le morceau d'ouverture "Qliphosis" met directement les pieds dans le plat et nous propulse instantanément dans ce cosmos inconnu. D'assomantes rythmiques nous assaillent, parsemées par de piquants petits leads et le chant guttural très reconnaissable de Morean. Puis le chant plus clair fait son entrée et nous nous envolons en même temps que les guitares et leur différents solos. Après cette assommante entrée en matière, le très rapide et chaotique "The Cambrian Explosion" nous explose à oreilles. Ici aucun temps mort, tout est dans la vitesse et la virtuosité. Au passage, l'interlude flamenco est de toute beauté. Même en moins de quatre minutes, Alkaloid arrive à nous surprendre, comme ce passage flamenco ou ce chant féminin tout en puissance sur le refrain. "Clusterfuck" vient calmer le jeu et étoffer un peu plus cette ambiance spatiale et éthérée. En privilégiant le mid-tempo et le chant clair, une véritable immersion est palpable. D'ailleurs, profitons-en pour parler du fantastique chant de Morean. Il alterne sans cesse entre son growl profond et grave à son chant clair éraillé mais puissant apportant une belle mélodicité aux morceaux. Et par moment, nous avons le droit à du chant clair des plus beaux et d'une "propreté" impeccable. Je trouve que Morean délivre une de ses meilleures performances sur cet album. "Shades of Shub-Niggurath" est du Alkaloid pur jus. Rien à dire spécialement, c'est un très bon morceau. Par contre, sur "A Fool's Desire", Alkaloid s'est essayé à la Power Ballade, en tout cas pour une bonne partie du morceau. Et je dois dire que ça marche bien avec moi, après quatre morceaux tout en technicité et signatures rythmiques compliquées, je dois dire qu'un peu de simplicité ne fait pas de mal. Et puis, ce morceau nous permet une nouvelle fois d'admirer tout le talent vocal de Morean qui mène de main de maître ce morceau comme l'album dans son ensemble. Progressivement la ballade s'alourdit pour nous prépare au mastodonte "The Fungi From Yuggoth". Commençant avec cette petite remontée de corde, le morceau nous écrase avec sa rythmique pachydermique. Très peu de temps morts où nous pouvons reprendre notre respiration tant ces six minutes sont étouffantes et cathartiques. 

La pause que "The Black Siren" nous apporte est vraiment la bienvenue. En plus d'être un magnifique interlude, nous pouvons tranquillement reprendre un peu nos esprits pour entamer la seconde moitié de l'album. Seconde moitié qui s'entame avec le long, trop long, "Numen". Pour le coup, là où depuis le début, c'était un sans faute, le morceau titre à du mal à convaincre. Je trouve qu'il ne commence jamais vraiment et est beaucoup trop répétitif en plus d'être un des morceaux les moins interressant de l'album. D'ailleurs, à ma première écoute comme je trouvais le morceau long, je n'ai pas remarqué la transition avec le morceau suivant "Recursion" qui reprend du poil de la bête et remet la machine sur les bon rails. Au passage, je trouve toute la deuxième moitié du morceau sensationnelle. "The Folding" est menaçant, froid et déroutant. La rythmique larvée nous fait bien comprendre que quelque chose d'anormal se passe. En plus, Morean qui scande "Kill Time", ce sentiment de temps en train de se distordre en vraiment convaincant, tout est fait pour nous perdre. Arrivé au milieu du morceau, ça y est le trou de verre est franchi, plus rien n'a de sens, chaque son est distordu, inversé et le morceau se termine dans cette lente agonie. "Alpha Aur" se révèle à nous à mesure que nous reprenons nos esprits. "Alpha Aur" se déploie sur plus de treize minutes, nous laissant le temps d'apprécier tout le talent de chaque musicien, mention spéciale pour les multiples solos qui parsèment ce morceau qui sont magnifiques tout comme ceux qu'on peut retrouver tout au long de ce magistral album. La fin du morceau est vraiment belle et poignante.

Bien que légèrement plus faible sur sa seconde moitié, j'ai réellement apprécié l'album. Cependant, là où je suis vraiment particulièrement mécontent est au niveau de la pochette et des différents visuels habillant l'album. Tout a été fait grâce à Midjourney, un IA générative. Pourquoi avoir utilisé une IA alors que le monde du métal dégouline d'illustrateurs/trices aux talents immenses et dont pour la plupart ne sont pas étranger au mythes lovecraftien. La pochette ne ressemble à rien, on a un agglomérat de trucs qui ne forme rien de vraiment interessant visuellement et puis, pour avoir le vinyl, au premier coup d'oeil ça se voit, c'est juste une bouilli de couleur et formes qui n'a aucun sens ni représente véritablement la musique d'Alkaloid. C'est vraiment dommage d'avoir utilisé une IA quand on sait comment elles sont entraînées, à savoir le vol de millions d'images protégées pour nourrir un algorithme s'améliorant toujours plus vite et précarisant encore plus les métiers d'images et artistiques dans leur ensemble.

Comme dit plus haut, ce troisième album d'Alkaloid est remarquable de travail et un très bon album. Malgré une seconde partie qui a du mal à tenir la cadence imposée par la première, le groupe se reprend rapidement et termine ce "Numen" de manière exemplaire, à l'image des musiciens. Chaque musicien est à son prime et délivre une de leur meilleure performance de leur carrière.