Avec ce 8ème album, Nocturnal Birding, sorti le 3 octobre dernier via Relapse Records, Author & Punisher alias Tristan Shone, redéfinit les contours de l’univers de son one man band. Alliant depuis longtemps machines, drone, metal industriel, expérimentation sonore, il pousse ici son projet dans une direction où l’organique se marie avec le mécanique de façon évidente.
Ici, la nature et l’humain offrent une nouvelle dimension à son oeuvre avec une empreinte telle qu’ils supplantent l’aspect mécanique et industriel qui dominait le style musical de l’américain jusque-là. Par exemple, il prend des chants d’oiseaux comme matériau musical comme source de mélodies ou de structures rythmiques qu’il transpose à la guitare ou aux machines et parallèlement, il collabore avec le guitariste Doug Sabolick (Ecstatic Vision, Plague Marks, A Life Once Lost…) qui intervient ici, comme un membre à part entière de la formation, apportant une présence humaine qui contrebalance avec les machines grâce au son organique de son instrument de prédilection. De plus, ce disque va bien au-delà de l’aspect artistique et musical en proposant un engagement à la fois humanitaire et politique. En effet, cet album est dédié à ceux qui ont perdu la vie en tentant de traverser la frontière entre le Mexique et les États-Unis dans le cadre d’une politique de dissuasion. Cette dimension n’est pas anecdotique, elle nourrit le ton, l’ambiance, les textes et les tensions sonores.
A l’écoute, le contraste entre les parties très lourdes, drones métalliques, indus et doom, et les passages plus éthérés voire atmosphériques confère une dynamique puissante et vivante. L’album ne se contente pas de broyer l’atmosphère, il respire, il évoque le naturel comme une brèche dans la mécanique. Les guitares de Sabolick ajoutent une profondeur dans les riffs, offrant des moments de brutalité plus authentiques, mais aussi des pointes de mélodique qui se démarquent nettement des précédents travaux du musicien / ingénieur. Le mix et le mastering soigné, réalisés par Will Putney (Knocked Loose, Body Count, Machine Head), sont très structurés; les différents éléments des compositions sont bien mis en avant (les machines, la guitare, les voix, les éléments organiques et mécaniques), ce qui permet à l’auditeur de s’immerger dans les couches sonores plutôt que de subir un mur de son uniforme.
L’ambiance générale est sombre, pesante, voire oppressante, avec, cependant, des poches de poésie, de mélancolie. On sent une oscillation entre la violence, le désespoir, le choc, et une forme de deuil, de mémoire, de méditation sur le vivant. L’aspect organique permet de relier l’abstraction industrielle à une réalité physique, géographique, humaine. Ce pont donne au disque une charge émotionnelle plus grande que s’il s’était cantonné à l’expérimentation pure.
Depuis le précédent opus, Krüller (2022), Nocturnal Birding semble s’orienter vers une direction plus humaine avec davantage de guitares organiques, de voix expressives, et de collaborations visibles (Fange, Kuntari, Megan Oztrosits of Couch Slut et Lucile Lejoly pour l’aspect visuel (clip et artwork)). Le son s’est affiné sans pour autant déborder d’expérimentation toujours aussi dense et délivrées avec une attention du détail plus grande, un souci de l’émotion et du récit, pas seulement du poids sonore.
Nocturnal Birding est une œuvre marquante dans la carrière d’Author & Punisher, qui montre un Tristan Shone non seulement comme un artisan des machines et du son brutal, mais aussi comme quelqu’un capable de tirer du monde naturel des harmoniques très fortes, de les mêler à l’industriel pour créer quelque chose d’émotionnellement riche et engagé. Ce disque n’est pas simplement une expérience sensorielle : il porte un message, un témoignage, une mémoire.