« No Strings » plaira sans doute aux nostalgiques d’une certaine période, mais on leur rappelera qu’ils ont déjà les mêmes albums dans leur collection. Pour les autres, ça peut faire passer le temps lors d’un long trajet en voiture. A part ça…
Connue pour sa participation dans les années 80 (et Dieu sait qu’on va vous bassiner avec ça dans cette chronique…) en tant que chanteuse du combo 100% féminin VIXEN, Janet Gardner, après un bref re-passage chez ses anciennes copines dans les années 2010, a ensuite définitivement pris son indépendance. Acoquinée désormais avec le guitariste-producteur Justin James (rien à voir avec le basketteur homonyme, aucun lien fils unique), la donzelle nous a gratifié en 2020 d’un premier album, « Synergy ».
Avec « No Strings », Janet se rappelle à nouveau (car il en était vraisemblablement le cas auparavant) au bon souvenir de ses fans de la grande époque, celle du Glam Rock/Metal, des brushings en pétard, des couleurs fluo et des flics de Miami.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les titres de cette livraison sont tous, sans exception aucune, marqués du sceau d’une période que les moins de 40 ans n’ont évidemment pas pu connaître.
De fait, l’album se distingue par une mise en son à l’avenant : des couches de guitares aux distortions puissantes et lisses, une basse énorme, du synthé en millefeuille et de la reverb/delay dans tous les recoins. Ca en met plein la vue…en tous cas ça en aurait mis à l’époque, car c’est pile poil le son qui faisait fureur sur le Sunset Strip d’alors.
N’allez donc pas chercher une once de surprise ou d’originalité propre à susciter l’intérêt, il s’agit ici de ressortir des recettes usées jusqu’à la corde par les RATT, POISON, CINDERELLA et consorts…ou tout du moins leurs clones moins inspirés. N’était la touche d’humour lourdingue manquant évidemment ici, la plupart des chansons présentées pourraient constituer la matière du prochain STEEL PANTHER sans problème.
Alors malgré tout il y a quelques surprises. Certaines sont plutôt bonnes (on y revient ensuite), on vous laisse par contre juge de la première, on ne voudrait pas être taxé d’âgisme.
Car par le biais d’une écoute comparative des œuvres de Vixen avec ce qui nous intéresse ici, l’on se rend compte que l’organe de la Dame a évolué quelque peu : la voix est devenue plus rauque et nasillarde, au point d’évoquer presque le pendant féminin de… Biff Byford. Et c’est particulièrement flagrant dès qu’il s’agit de monter dans les aigus. Les fans de la première heure qui n’ont pas jeté une oreille sur les œuvres tardives de leur idole sont désormais prévenus.
Parmi les compositions intéressantes, on notera d’emblée « 85 », ode nostalgique à une époque qui -on se répète – habite littéralement l’album. Sauf qu’ici on sort des clichés glam metal pour une ritournelle plus simplement rock FM, avec moins d’esbrouffe, et des guitares en retrait. Le travail sur les chœurs est ici admirable. Et malgré un formatage ciblant les radios (comme les autres titres de l’album) on évite ici le « Bof…déjà entendu mille fois ». Et de fait, on aura tendance à appuyer sur "Replay" pour la ré-entendre.
Par ailleurs « No Strings » (le morceau) est une intéressante ballade countrysante, qui tire elle aussi son efficacité d’un dépouillement qu’on aurait, réflexion faite, espéré sur les autres chansons. L’écoute du conclusif « Drink », lui aussi country-rock, moins chargé et poppy, vient confirmer cette impression.
Car là réside la faiblesse de cet album. Les compos globalement passe-partout sont alourdies par une production hyper-typée, qui vise à en mettre plein la vue, ou plutôt les oreilles. Le résultat est similaire aux recettes que l’on trouve chez ChefClub (surtout version US) : ça t’en met partout dans la cuisine, t’en a plein l’assiette, mais c’est gras et lourd, et au final assez pauvre.
Bref, « No Strings » plaira sans doute aux nostalgiques d’une certaine période, mais on aurait tendance à leur rappeler qu’ils ont déjà les mêmes albums dans leur collection. Pour les autres, ça peut faire passer le temps lors d’un long trajet en voiture. A part ça…