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Necropolis

Enora
Journaliste

Sol Invictus (UK)

« Necropolis », le récit d'une Angleterre ancestrale et disparue que Sol Invictus ramène à la vie par des imprécations et des litanies obscures
15 titres
Neo-Folk Metal/Gothic
Durée : 47
Sorti le 23/03/2018
7880 vues

Créé en 1987, Sol Invictus a absolument tout pour être un des plus grands groupes au monde, tout sauf peut être le côté conventionnel qui est nécessaire pour avoir du succès aujourd'hui. Le groupe semble d'ailleurs ne pas chercher à se mêler à ce monde, si différent de ses idéaux, tant il donne l'impression d'être apparu plusieurs siècles trop tard. « Necropolis » ravive les souvenirs de cette période révolue et nous emporte au fil du récit d'un vieux barde aux pouvoirs incroyables.

Les choeurs vocaux qui ouvrent « Necropolis Portal » sont, selon mes critères, une très bonne entrée en matière tant ils instaurent une atmosphère quasi-religieuse et sombre, sans pourtant être agressive. On pourrait presque croire qu'il s'agit d'un rêve où les sons sont étouffés, ne laissant échapper que les voix chantées en harmonie. Après un tel morceau, on ne peut être que dans les meilleures dispositions pour écouter « Nine Elms ». La voix a quelque chose d'un poète oublié qui reviendrait pour raconter son histoire sur une ligne musicale minimaliste mais rythmée. A vrai dire, la composition évoque plus la nature, et cet interlude d'une minute m'intrigue et me convainc que Sol Invictus a un vrai récit à nous faire partager. Ce même procédé est repris sur « Old Father Thames ». Jusqu'ici, Sol Invictus se démarque de tout ce que j'ai pu entendre auparavant, mais le résultat est très séduisant et on se sent tiré en arrière, dans des temps reculés où les bardes étaient rois et la création artistique, religion d'Etat. Avec « See Them », où une voix féminine accompagne le chanteur, jusque là bien solitaire, je retrouve l'esprit et les influences mélodiques des morceaux traditionnels celtes que j'affectionne tant, autant vous dire que ça me parle et que ça me plait !

« Serpentine » prend la suite du morceau, restant dans sa continuité mais ralentissant le tempo et proposant une ambiance plus mélancolique et légère musicalement puisque basse et piano remplacent les voix de femmes. Le groupe joue avec nos repères qu'il bouscule avec douceur, et après le poète des premiers morceaux, nous découvrons la prêtresse de « Still Born Summer ». La répétition de « My fair lady » renforce l'impression que l'univers que recréer Sol Invictus nait des cendres d'un monde oublié et élégant. La composition de l'accompagnement musicale de « Brick Lane » évoque une harpe mais la ligne de basse, assez présente sous la voix, ajoute une touche inquiétante au morceau ; néanmoins, et comme depuis la toute première chanson de l'album, on se laisse porter sans trop se poser de question pour c'est tout simplement Beau. « Turn Turn Turn » voit se répondre des voix fantomatiques et éloignées sur une composition musicale qui laisse une place un peu plus grande à la batterie mais, soyons honnêtes, cela reste très expérimental et le groupe nous aspire plus profondément dans les abysses de sa création. Avec « The Last Man », Sol Invictus se rapproche peut être le plus de ce à quoi on s'attend en écoutant une chanson, et celle-ci oscille entre Dark Rock, Dark Cabaret et autres genres mystérieux.

Une voix masculine parlée et les douces notes d'une chanteuse lyrique se superposent sur « The Garden Of Love ». La ligne musicale émerge peu à peu, comme si elle naissait sous nos yeux ébahis, mais elle reste discrète, probablement pour ne pas amoindrir l'incroyable communion des voix. Avec « Kill Burn », le groupe nous offre une litanie à la souffrance et à la maladie, à l'isolement. On s'imagine presque dans un roman sur la misère de Londres des siècles passés, mais le court morceau ne nous donne qu'un bref aperçu de ce décor et il faut continuer avec « Set The Table », qui met en avant des cordes et une rythmique presque dansante dans un autre contexte. On retrouve l'idée d'un récit plus que d'une chanson sur « Murder On Thames ». Après le poète, le chanteur du groupe se mue en prêtre qui invoque l'atmosphère particulière de « Shoreditch ». On se laisse bercer par ce morceau à la rythmique entêtante. « Necropolis Egress » débute de manière étrange et peut être assez peu séduisante au début, mais pour ceux qui auront la patience de passer outre les premières secondes, vous découvrirez une conclusion macabre et délicieuse.

« Necropolis » n'est pas un album mais plutôt le récit d'une Angleterre ancestrale et disparue que Sol Invictus ramène à la vie par des imprécations et des litanies obscures. Je n'en dirais pas plus mais cet album a de quoi vous secouer et ramener à la vie des fantômes oubliés et des contrées insoupçonnées.