Avec ce « My Way » Udo Dirkschneider rend un bel hommage, sincère, respectueux, et généreux à des artistes qui ont influencé. La retraite ne semble pas etre pour tout de suite.
Six mois seulement après son très correct dix-septième méfait sous la bannière U.D.O. « Game Over », Udo Dirkschneider ressort ses mitaines en cuir cloutées.
Pour ce nouvel effort, le germain n’a pas choisi ses formations/blases notoires (comprendre U.D.O., Dirkschneider ou bien Dirkschneider & The Old Gang). Non, cet opus est livré (et c’est une première) sous l’étiquette Udo Dirkschneider. D’après notre infatigable braillard d'outre Rhin, il s’agit de « son album le plus personnel et le plus extraordinaire à ce jour ». Rien que ça. En fait, les dix-sept morceaux de ce « My Way » sont des reprises de titres qui l’ont le plus influencé en tant que musicien et chanteur. A la lecture de la track list, il y a du lourd et du diversifié.
Certaines pistes sont aujourd’hui des classiques du Rock et de la musique au sens large. D’une certaine mesure, entendre notre German Metal Tank s’attaquer à des Judas Priest ('Hell Bent For Leather'), Motörhead ('No Class'), Led Zeppelin ('Rock And Roll'), Scorpions ('He's A Woman, She's A Man'), ou encore AC/DC ('T.N.T.'), parait presque comme une évidence. Tous ces combos ont démarré comme lui à la fin des années 60/début des 70’s. Même s’il n’est jamais facile de rentrer dans les santiags du regretté Lemmy ou d’enfiler les vestes en cuir de Rob Halford, Klaus Meine et consorts (tant leurs voix étaient/sont si particulières et reconnaissables), le hurleur fait carrément « le boulot ». Après tout, lui aussi est une icône du Metal et son grain est tout autant distinctif et unique.
D’autres trucs sont également logiques car on reste dans un univers Rock/Hard ('We Will Rock You' de Queen, 'Sympathy' de Uriah Heep, 'Man On The Silver Mountain' de Rainbow, ou encore 'Paint It Black' de The Rolling Stones). Bien que cela reste proche des originaux, on y trouve tout de même la paluche d’Udo (riffs gras et rythmiques appuyées entre autres). Déclarant avoir « pris soin de chacune des reprises », la clique s’est approprié le matériel de base en opérant quelques légères modifications ou en changeant les arrangements. On croirait presque que ce sont des morceaux écrits pour lui ('Jealousy' de Frankie Miller, 'Hell Raiser' de The Sweet).
Au milieu de tout cela, certaines propositions sont un peu plus étonnantes car pas forcément attendues de la part d’un gars comme Udo. Chacune des chansons sélectionnées à sa petite histoire très personnelle. Untelle renvoie le chanteur à son adolescence ('Faith Healer' d’Alex Harvey). Une autre servait de mise en chauffe lors des répétitions d’Accept ('Nutbush City Limits' de Ike & Tina Turner ici rebaptisée 'They Call It Nutbush'). Malheureusement jamais capturée sur bande à l’époque, voilà ici ce crime réparé. Avec son intro acoustique et une section de cuivres présente, on a là une errance inhabituelle pour notre légende du heavy metal teuton.
Pour ce disque un peu « spécial », le natif de Wuppertal (qui vient tout juste de fêter ses 70 printemps, le 6 avril dernier pour être précis) nous a également concocté quelques surprises. D’abord, sur une piste, notre briscard chante dans sa langue natale (là encore une nouveauté). Udo fait sienne une compo de synthpop de Wolfsheim (le mélancolique 'Kein Zurück'). Dixit notre vocaliste « J’ai immédiatement senti que les mots me comprenaient. Il me semblait que les paroles racontaient l’histoire de ma carrière, de mes hauts et de mes bas et de toutes les bonnes et mauvaises expériences de la vie ». D’abord prévue en transposition in english spoken, c’est bien la langue de Goethe qui a été conservée. Malgré tout, chanter en allemand s’est avérer « la chose la plus difficile que j'ai faite » comme le confesse l’homme aux tenues de camouflage.
Pour clôturer la galette, Udo à glisser sa revisite d’une chanson qui est probablement l’une des plus reprise dans le monde ('My Way', adaptation en anglais de 'Comme d'habitude' interprétée à l'origine par Cloclo François). Les détenteurs du double « Live - Back To The Roots - Accepted! » (sorti en 2017 sous la bannière Dirkschneider) connaissent déjà cette relecture en mode crooner. Ainsi, après Frank « The Voice » Sinatra, le « King » Elvis Presley, Nina Simone, Tom Jones, Ray Charles, Nina Hagen, Sid Vicious, Luciano Pavarotti, et TANT d’autres (on dénombrerait déjà plus de 570 artistes dans plus de dix langues), c’est au tour de notre Herr Dirkschneider de se frotter à ce tube planétaire. Le célèbre « I did it my waaaaaaaay » (NdT : Je l'ai fait à ma manière) résume plutôt bien le parcours du monsieur.
« My Way » est un hommage sincère, respectueux, et généreux à des artistes qui ont influencé notre vétéran du metal. Alors qu’il vient juste de souffler ses 70 bougies (et cinq décades de carrière), Udo ne semble clairement pas penser à la/sa retraite. En bonne santé et le timbre rauque toujours intact, l’allemand entend bien poursuivre son propre chemin encore un peu. A très bientôt Mister Dirkschneider.